Discours de Vincent Montagne à l’Assemblée générale du SNE 2017

Le Syndicat national de l’édition vient de tenir son Assemblée générale. Il me revient à présent la responsabilité, le plaisir surtout, de prononcer quelques mots de conclusion. Cette année, mes messages dépasseront un peu le cadre de notre seule profession, du fait de la présence de représentants des auteurs avec lesquels, dans quelques minutes, nous allons signer un accord sous le regard bienveillant des participants et de notre nouvelle Ministre de la Culture.
L’année 2016 fut une année dense et particulièrement riche en termes d’activité, pour l’édition. Les chiffres le disent et Pierre Dutilleul, en présentant nos activités, les a rappelés tout à l’heure. L’édition, portée notamment par une réforme scolaire sans précédent, a poursuivi sa croissance en 2016.
Au-delà des chiffres, l’année 2016 fut incroyablement active. En témoignent les nombreuses initiatives prises par les groupes et commissions et que vous venez, Mesdames et Messieurs les Présidents de nous présenter. Merci pour cette synthèse brillante et foisonnante !  Sur tout cela, je ne reviens pas.
En préparant mon intervention, et en dressant le bilan de cette année, un mot, un fil rouge m’est apparu. Ce mot c’est : dialogue ! Dialoguer pour expliquer, argumenter, exposer nos idées, convaincre bien sûr. Mais aussi dialoguer pour écouter et comprendre. Un mot qui résume bien l’année qui s’est écoulée et qui cadre nos ambitions pour celle qui vient.
Dialogue à l’international en particulier, pour promouvoir la langue française, la francophonie et au-delà, les valeurs qui nous sont chères, qui nous sont enviées et que nous défendons.
Avec l’Afrique francophone notamment, mise à l’honneur au Salon Livre Paris, avec la présence du Maroc bien sûr, mais aussi pour la première fois d’un pavillon des lettres africaines ; avec la Côte d’Ivoire avec laquelle nous venons de signer un partenariat renforcé qui vise à accroître la présence de l’édition française, et physiquement de livres en langue française dans les bibliothèques nationales du pays.
Dialogue et coopération avec nos voisins européens également, et notamment nos collègues allemands. Il y a quelques jours, nous étions à Berlin, pour signer, aux côtés du Syndicat de la librairie française et du Syndicat des Distributeurs de Loisirs Culturels, une déclaration conjointe pour défendre le Droit d’auteur, remis en question à Bruxelles dans le cadre de la refonte de la directive de 2001. Pour mieux convaincre que, seul un droit d’auteur fort permet de garantir l’équilibre, l’indépendance, la diversité de la création.
Renforcer avec détermination l’axe franco-allemand pour faire entendre notre voix, et défendre le livre donc, mais plus largement pour porter l’ambition d’une Europe de la Culture, ouverte et tournée vers l’avenir. Nul doute que l’invitation de la France à Francfort en octobre prochain nourrira et confortera cette ambition.

Dialogue en France, également. Avec nos politiques tout d’abord. Le questionnaire que nous avons adressé en février à tous les candidats à la présidentielle (comme l’ont fait nos amis libraires et auteurs)  a permis au livre de s’inviter dans la campagne ; à la culture de trouver un peu sa place dans le débat. Parmi les candidats, celui qui a été élu, y a répondu et a pris des engagements forts en faveur du livre et de l’industrie de l’édition.
Je suis heureux que notre ministre de la Culture puisse porter, avec les immenses qualités que nous lui connaissons, les engagements pris par notre nouveau Président lors de sa campagne !
Pour autant, chère Françoise, nous savons que rien n’est acquis, rien n’est immuable.  Le droit d’auteur, le prix unique du livre, physique ou numérique, doivent être inlassablement défendus. Certains acteurs internationaux, très puissants, ont intérêt à les remettre en question. Pas frontalement toujours, mais habilement, subrepticement… Rappelons-nous ce qui nous avait conduits en 2015 à saisir le médiateur du livre : le constat de pratiques d’affichage de prix d’ouvrages d’occasion à côté de livres neufs sur certaines plateformes de vente en ligne, qui nuisaient clairement à la perception du prix unique du livre. Là encore, nous avons accepté le dialogue. Un dialogue qui a abouti à la signature, avant hier, de la charte « prix du livre ». Pour que tous les grands opérateurs du commerce de livres en ligne s’engagent à respecter la loi sur le prix unique du livre. Un dialogue qui va se poursuivre, cette charte le prévoit. Nous resterons exigeants et vigilants, à l’instar du gouvernement qui entend bien que cette charte soit substantiellement appliquée et dans un délai court. Et nous ne cèderons pas sur les fondamentaux.
Au cours de l’année qui vient, nous devrons renforcer ce dialogue avec les politiques. Nouveau gouvernement, nouveau Parlement, autant de nouvelles personnalités politiques, à qui il va falloir expliquer l’importance de nos sujets,  les enjeux de nos professions.  A qui il va falloir faire entendre notre voix, et démontrer que le livre, prototypique et si varié, repose sur un équilibre fragile. Et que du maintien de cet équilibre dépend l’existence de toute une chaîne d’acteurs – la chaîne du livre – qui œuvrent au quotidien pour aider à comprendre le monde, construire des citoyens éclairés et libres.
C’est vrai pour le livre. C’est vrai aussi pour toutes les autres industries culturelles et créatives. C’est cette conviction qui nous a conduits à dialoguer plus étroitement avec le cinéma, la musique, les arts graphiques, le spectacle vivant, l’ensemble des médias (radio, presse, et télévision) et à consolider il y a quelques semaines le mouvement France Créative, qui vient de se constituer en association, et dont le SNE est membre fondateur.
Pour, ensemble, rappeler le poids de la Culture dans l’économie : 84 milliards d’euros de revenus directs et indirects sur l’ensemble du territoire, soit davantage que l’automobile ou le luxe. Et rappeler l’importance de la Culture dans nos sociétés…et particulièrement dans les territoires !

Enfin, dialogue avec l’interprofession. Toutes nos actions en sont le reflet. Celles que nous menons au sein du bureau du SNE et dans les  groupes et commissions. Les éditeurs sont résolument au cœur de la chaîne du livre. Il est donc de notre responsabilité de travailler en étroite collaboration avec l’ensemble de ses acteurs. Parmi nos priorités pour l’année qui vient, nous devrons améliorer nos outils interprofessionnels. De nouvelles techniques existent comme le book-tracking et le book-scan. Nous devons bâtir les outils qui nous conviennent et contribuer à leur mise en place. Resserrons les liens et les rouages de la grande machinerie du livre. Dans un marché à  faible marge et avec des fragilités, il est essentiel de réduire les coûts de l’interprofession et d’exceller dans les services pour le plus grand bénéfice de l’ensemble de la chaîne du livre…et du lecteur ! Nous avons déjà su le faire, il faut continuer !
Je terminerai, vous vous en doutez, sur nos relations avec les auteurs, avec qui le dialogue est permanent et fructueux. J’en suis toujours impressionné car, à chacune de nos réunions, nous dépassons les préventions naturelles que peuvent légitimement porter des intérêts contradictoires et arrivons à reconnaître par le dialogue que la situation est moins simple, moins caricaturale que prévu, mais qu’il existe des solutions.
C’est exactement l’esprit de l’accord que nous allons signer. Un accord qui ouvrira la voie à d’autres points à explorer et à résoudre.
Avant de conclure, je voudrais remercier tous ceux qui font le SNE : mes confrères éditeurs du Bureau, des groupes et commissions, qui œuvrent bénévolement au service de notre action collective. Remercier tout particulièrement Pierre Dutilleul qui dirige depuis maintenant, plus d’un an le syndicat et nourrit efficacement un dialogue constant et constructif avec l’ensemble de l’interprofession. Remercier enfin l’équipe des salariés du Syndicat, très mobilisée au service de nos 650 adhérents et de toute la profession.
Vous connaissez cette citation de Jean-Paul Sartre « Un livre n’est rien qu’un petit tas de feuilles sèches… ou alors une grande forme en mouvement : la lecture ». Il nous renvoie ainsi à l’essentiel de notre métier : contribuer à la création et à la diffusion d’œuvres de l’esprit, inspirer les lecteurs, les aider à se construire, à se situer dans le temps et l’espace et à comprendre l’univers à travers la rencontre, pas toujours facile, mais souvent enrichissante, avec la pensée d’autrui. Derrière tous nos combats, il y a cet objectif, caché ou visible, qui nous réunit : le livre, l’expression de la pensée et la lecture.
Permettez-moi enfin de vous remercier Madame la Ministre, chère Françoise, pour votre présence à nos côtés aujourd’hui.  Vous avez toujours défendu les arts, la création, non seulement dans le secteur du livre mais aussi dans tous les autres domaines culturels. (et même dans l’éducation !) Il y a quatre ans, la Ministre de la Culture, Aurélie Filippetti vous remettant à Arles les insignes d’officier de la Légion d’Honneur, vous disait « Vous avez placé votre engagement au service de la culture ». Avec votre nomination aujourd’hui, cette vérité prend aujourd’hui toute sa dimension.
Je vous remercie

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