Discours de Vincent Montagne à l’occasion de la cérémonie des vœux du SNE le 5 janvier 2017

Chers confrères, chers partenaires,

Madame, Monsieur,

Chers amis,

C’est une joie de nous retrouver tous à l’occasion des vœux du Syndicat national de l’édition, du Bureau International de l’édition française et du Cercle de la Librairie.

Merci à vous tous d’être venus si nombreux.

J’espère que les fêtes de Noël et de fin d’année vous ont permis de partager d’heureux moments avec vos proches, vos familles, toutes celles et ceux qui vous sont chers. Des moments heureux, de douceur et d’échange, qui sont infiniment précieux.

Des moments qui permettent d’apaiser nos inquiétudes sans pour autant oublier le monde difficile qui nous environne.

La souffrance est partout dans le monde. Particulièrement en ce moment au Moyen Orient, en Turquie, en Europe. Après Paris, Bruxelles, et Nice, Berlin a connu fin décembre une nouvelle vague d’odieux attentats. Permettez-moi de commencer mon intervention en partageant avec vous une pensée toute particulière pour nos amis et collègues allemands. Amis et collègues avec lesquels nous allons vivre une année 2017 de coopération culturelle et littéraire particulière. Je vais y revenir.

L’année 2016 fut à nouveau une année dense pour le Syndicat national de l’édition. Une année importante dans bien des domaines.

A ce stade, les chiffres de l’édition 2016 ne sont évidemment pas encore connus. Mais les premières tendances indiquent une relative stabilité de notre secteur par rapport à l’année passée, au cours de laquelle nous avions connu une croissance sensible.

 

Notons que la réforme scolaire d’une ampleur sans précédent, et avec elle le renouvellement des manuels scolaires, qui a mobilisé les éditeurs concernés pendant toute l’année, apporte une activité significative au secteur, contribuant à la stabilité de notre CA sur 2016.

 

Mais les chiffres ne sont pas tout. Et j’aimerais saluer aujourd’hui le travail, le dynamisme de toute une profession, au service, et avec toute l’interprofession : les libraires bien sûr, avec le SLF et son président Mathieu de Montchalin, et les auteurs avec notamment la SGDL et sa présidente, Marie Sellier, Valentine Goby présidente du CPE…

 

Car les actions que nous menons portent en elles des enjeux qui nous concernent tous.

En premier lieu bien sûr, la défense du droit d’auteur et de la propriété intellectuelle. Un travail bien ardu et qui peut sembler parfois étrange tant le bon sens se heurte à une idéologie mortifère. Un travail qui porte quand même quelques fruits. Modestes, mais prometteurs et stimulants. Des résultats qui nous confortent dans le bien fondé de nos actions et nous encouragent à poursuivre.

 

En France, la loi Lemaire dite « pour une République numérique » (un qualificatif idéologique et réducteur pour notre République) a été votée. Grâce à notre action collective, de nombreux écueils ont pu être évités. Même si, soyons clairs, l’édition scientifique française sort inutilement fragilisée par cette obsession déraisonnable du législateur de réduire à néant les délais de protection des droits. Nous allons être vigilants sur la rédaction des décrets !

A Bruxelles, le texte du projet de directive sur le Droit d’auteur qui a été publié en novembre dernier est relativement modéré. Modéré en ce qu’il est très éloigné de la lettre de cadrage de Jean-Claude Junker en septembre 2014 sur le Culturel. Il s’agit pour nous, d’ores et déjà, d’une vraie victoire. Mais nous devons poursuivre nos actions pour convaincre de ne pas bouleverser l’équilibre juridique et économique qui permet aujourd’hui aux créateurs et notamment aux éditeurs de vivre de leur travail. Et nous le savons, la défense du droit d’auteur n’est pas qu’un combat technique. L’enjeu est plus profondément celui du maintien de la diversité éditoriale et linguistique, et plus substantiellement de la liberté d’expression et de création.

 

Autre combat et vrai sujet de satisfaction : le maintien d’un taux réduit de TVA sur le livre numérique.  Le 1er décembre dernier, le Collège des Commissaires Européens a publié sa proposition législative selon laquelle les Etats membres auront la possibilité de prévoir un taux réduit de TVA à la fois pour les livres papier et numériques. Il s’agit déjà d’une grande victoire pour l’édition, rendue possible grâce au travail des équipes du SNE, aux côtés de la Fédération européenne des éditeurs. Mais plus largement grâce à l’anticipation de la France sur le sujet, au travail accompli depuis plusieurs années avec l’aide de personnalités telles que Jacques Toubon, délégué de la France auprès des instances européennes pour la fiscalité des biens culturels ou Philippe Léglise-Costa, secrétaire général des Affaires européennes. Je voudrais sur ce sujet saluer et remercier tout particulièrement le ministère français de la Culture et de Communication. Martin Ajdari est ici présent. Je lui adresse ainsi qu’à toutes ses équipes au nom des membres du Syndicat national de l’édition nos plus vifs remerciements.

Nourrir un dialogue constant et constructif avec nos partenaires du cercle de librairie, avec le SLF également, avec les auteurs aussi bien sûr, notamment avec la CPE et la SGDL, a également été au cœur de nos priorités en 2016. Dans les jours prochains, le 11 janvier, nous nous réunissons de nouveau avec les auteurs avec lesquels nous avons déjà trouvé des points d’accord : sur la reddition des comptes par exemple, ou encore sur les retours. Quand c’est fait, et que la bonne rédaction a été trouvée, on est content !… Il ne faut pas oublier qu’on n’était pas sûr d’aboutir. Bravo aux équipes des deux côtés.

Et puis j’aimerais mentionner quelques-uns des projets qui ont vu le jour grâce à vous tout au long de l’année 2016 :

  • le lancement d’un nouveau site de référencement des éditeurs de droit, Reflex;
  • la création par la commission fabrication du SNE, de l’association Clic Edit, destinée à faciliter les échanges informatisés entre tous les acteurs de la filière de la fabrication de livres. Un enjeu important pour toute la profession.
  • Une édition exceptionnelle des Assises du livre numérique qui en novembre dernier a réuni plus de 500 participants et un panel d’intervenants de très haut niveau, français et étrangers.
  • Le développement progressif de l’accessibilité de la rentrée littéraire à tous les publics, y compris handicapés, de nos ouvrages.
  • De nombreuses opérations pour promouvoir notre richesse éditoriale auprès des professionnels du livre et du grand public : les livres de Sciences pour Tous, la BD à New York en octobre dernier, les livres de Jeunesse, le Livre d’Art et le Beau livre, le livre audio, le livre religieux.
  • De nombreuses actions dans toute la France pour promouvoir aussi le plaisir de lire et les bienfaits de la lecture : les petits champions de la lecture, qui connaissent un succès croissant, ou encore, en partenariat avec le ministère de la Culture et le CNL, la participation à des manifestations telles que « Partir en Livre ».

 

Impossible d’être exhaustif tant il y en a ! Mais je tiens à saluer tout particulièrement le rôle extrêmement efficace de Vincent Monadé à la tête du CNL.

Je dois aussi mentionner la défense de la liberté d’expression et de publication. L’implication du SNE a été sur ce point déterminante dans la réorganisation du fonctionnement juridique et statutaire de (l’UIE) l’Union internationale des Editeurs, pour à l’échelle internationale, mettre en avant les valeurs qui nous sont chères.

Par notre travail d’édition, nous transmettons au quotidien, savoirs, connaissances et idées, et nous défendons, coûte que coûte, la garantie d’un pluralisme que beaucoup de pays nous envient, pour que nos enfants, demain, puissent encore y avoir accès et les partager.  Et nous savons combien il est facile de fragiliser, d’intimider, d’interdire l’acte libre de la création au nom d’un pseudo intérêt supérieur.

 

En 2017, nous allons continuer !

 

Continuer à faire notre métier d’abord. A faire preuve de créativité et de dynamisme. A faire des choix. Prendre des risques. Innover toujours.

 

Continuer à faire en sorte que l’édition française soit, à l’international, toujours aussi active et attractive, grâce aussi au travail du BIEF, de sa présidente Vera Michalski, de son directeur Jean-Guy Boin et de toutes ses équipes que je remercie.

 

Continuer à travailler ensemble, avec tous les professionnels et acteurs institutionnels ou non de la chaîne du livre, auteurs, distributeurs, libraires, bibliothécaires. Pour permettre au plus grand nombre d’avoir accès au livre. Dans l’intérêt toujours du plus grand nombre.

 

 

Continuer à rénover le salon du livre de Paris. Je salue à cette occasion la présence de Corinne Ménégaux, de Sébastien Fresneau et d’Evelyn Prawidlo. Une édition qui fera la part belle à une programmation exigeante et éclectique, aux coulisses de l’édition, à un premier forum des métiers, créé sous l’impulsion de la Commission sociale du SNE.

 

Une édition qui mettra en valeur pour la première fois depuis sa création, à un pays arabe, le Maroc, avec la présence de figures importantes de la littérature marocaine actuelle, qui viendront témoigner de la diversité et de la vitalité de la création littéraire contemporaine du Maroc. Et célébrer à nos côtés la force des liens culturels entre le Maroc et la France. La force aussi des combats qui nous unissent aujourd’hui dans la lutte contre toutes les formes d’extrémisme ; combat dans lequel le Maroc est résolument engagé.

 

Et puis en 2017, bien sûr, continuer à porter notre profession et à faire connaître ses fondamentaux. Il est difficile d’échapper à la perspective de l’élection présidentielle ! Nous allons reprendre nos bâtons de pèlerins pour sensibiliser des candidats d’abord ; puis de nouvelles équipes gouvernementales, aux enjeux de notre profession, à l’importance de préserver le droit d’auteur, le prix unique du livre, le bon équilibre entre édition publique et privée (je salue à cette occasion la présence – et le travail – du médiateur du livre, Marc Schwartz). Les sensibiliser enfin à l’absolue nécessité de maintenir une grande diversité éditoriale et plus que tout la liberté d’expression … en France, mais aussi à l’étranger, car c’est également notre responsabilité.

 

Parce qu’Asli Erdogan, arrêtée et emprisonnée à Istanbul depuis le 17 août 2016, est aujourd’hui, depuis le 29 décembre en liberté, mais en liberté provisoire et toujours sous contrôle judiciaire.

Parce que partout dans le monde des auteurs, des journalistes, des éditeurs, au moment où nous parlons souffrent de persécutions, sont menacés de mort, ou emprisonnés.

Enfin, en 2017, et ce sujet n’est pas sans lien avec le précédent, nous allons travailler en lien étroit avec nos amis allemands. Nous sommes heureux que le gouvernement français ait accepté l’invitation de la France à la foire du livre de Francfort en 2017. Et je salue la présence de Paul de Sinety, le commissaire général de cet événement, et le travail très efficace qu’il accomplit.

L’intensité et la diversité de la coopération franco-allemande sont sans égales, au niveau politique bien sûr, mais également sur le plan éducatif et culturel.

 

La force du couple franco-allemand tient en grande partie aux liens étroits qu’ont su tisser, au fil du temps et dans tous les domaines, les acteurs de la société civile de nos deux pays. Nos coopérations industrielles sont nombreuses, et particulièrement dynamiques. Notre coopération éditoriale n’est pas en reste !  Après le chinois, l’italien, l’espagnol, l’allemand occupe la quatrième position avec 967 titres français cédés en 2015. Mention spéciale pour la BD qui représente à elle seule 43% du total des cessions de droit !

 

Ça laisse encore quelques marges de progression pour créer une véritable complicité littéraire entre nos deux pays. C’est aussi cela l’enjeu du « français à Francfort 2017 ».

 

Mais là encore, au-delà des chiffres, la France à Francfort en 2017, et plus largement la langue française à Francfort y associant la Suisse francophone et la Wallonie en Belgique, c’est une occasion privilégiée de renforcer nos liens, de porter une vision culturelle commune et de témoigner, par des actions concrètes, du partage de nos valeurs, de notre désir commun de défendre nos libertés.

 

De défendre La liberté. Jean Guéhenno nous rappelle dans ce bel aphorisme qui illustre les vœux du SNE cette année que « le livre est un outil de liberté ». Ensemble, donnons sens avec détermination à cette vérité fondamentale.

A chacun d’entre vous, je souhaite personnellement une très belle année 2017. Je le fais aussi au nom de tous les membres du bureau du SNE, de Pierre Dutilleul, son directeur général et de toutes les équipes du Syndicat. Merci à tous pour votre présence ce soir et n’oublions pas ce mot d’Antonio Gramschi : Il faut allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté.

Je vous remercie

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