Dossiers et Enjeux

Numérique  

2013 : le décollage du livre numérique ?

L’offre numérique des éditeurs se développe

La plupart des éditeurs français publient aujourd’hui leurs nouveautés simultanément au format papier et au format numérique. Ainsi, d'après une analyse menée par Livres Hebdo en février 2013, 74 % des 50 meilleures ventes Ipsos/Livres Hebdo de 2012 étaient disponibles au format numérique, sachant que cette liste de meilleures ventes compte des romans mais aussi des BD et des titres jeunesse.
Tous les catalogues sont aujourd'hui concernés par le livre numérique. Après un démarrage de l'e-book centré sur le texte (en mettant à part l’édition scolaire et l’édition professionnelle, secteurs qui ont entamé leur mutation plus tôt), le catalogue français se diversifie par l'apport de livres numériques illustrés en jeunesse, pratique (cuisine, tourisme), beaux livres... Cette évolution est corrélée à l'évolution du format EPUB : alors que les romans sont majoritairement au format EPUB 2, les ouvrages illustrés tentent de tirer profit des fonctionnalités nouvelles qu'apporte l'EPUB 3 (interactivité, enrichissements, navigation...).

Les éditeurs ont à cœur de tester de nouveaux modèles et d'expérimenter de nouvelles offres au lecteur. Ceci passe aussi bien par des opérations promotionnelles de courte durée que des ventes couplées papier et numérique par exemple. De manière générale, les éditeurs s'efforcent d'être au plus près des attentes du consommateur : certains ont ainsi aligné le prix de leurs e-books sur celui du poche, quand d'autres ont choisi d'appliquer un tatouage numérique plutôt que des DRM cryptées sur leurs fichiers numériques.
Non seulement les éditeurs français se tiennent informés des évolutions du marché comme le montre le succès constant des Assises du livre numérique, mais ils n'ont de cesse de proposer des contenus innovants en matière de livres numériques. C'est la raison pour laquelle la commission Numérique du SNE a intégré dans le programme des Assises des sessions de démonstrations de réalisations innovantes à la manière d'un Pecha Kucha, depuis novembre 2012. Les éditeurs ont pu ainsi présenter leurs dernières réalisations numériques, souvent en binôme avec les start-up qui les ont aidés dans ces développements. Le nombre de start-up lancées autour du livre numérique a en effet fortement augmenté ces deux dernières années. Les pouvoirs publics ont d'ailleurs accompagné cet essor à travers des organismes comme Cap Digital qui organise le festival Futur en Seine ou le Labo de l'Édition, qui accueille un incubateur pour une dizaine de sociétés et organise des rencontres entre l'édition et le monde du web ou des nouvelles technologies, en partenariat avec le SNE.

Gallica, le portail d'accès aux collections numériques françaises, poursuit son développement en regroupant de nouvelles ressources provenant soit de partenaires publics (bibliothèques, centres de recherche), soit de partenaires privés comme les éditeurs. Aujourd'hui, Gallica compte 2 millions de documents du domaine public et 100 000 documents sous droits provenant des éditeurs dans le cadre de la collaboration entre la BnF, le SNE, le CNL et le ministère de la Culture. Le portail permet une recherche sur les métadonnées et le plein-texte, et affiche la notice de l'ouvrage ainsi qu'un lien vers le feuilletage sur les sites des e-distributeurs. La BnF a également lancé au cours du second semestre 2012 une application iPad permettant de consulter Gallica. Outre l’aide accordée par le CNL aux éditeurs pour la numérisation de leurs fonds, cet organisme accompagne également la chaîne du livre dans sa mutation vers le numérique, afin de contribuer au développement du marché. Ceci passe notamment par une aide aux plateformes innovantes de diffusion et de valorisation de catalogues de livres numériques.

Les usages et pratiques du livre numérique évoluent en douceur 

Les usages du livre numérique s’installent doucement chez les lecteurs, comme en témoignent un certain nombre d’études parues ces derniers mois.
• Le baromètre des usages du livre numérique, lancé en 2012 par la SOFIA, le SNE et la SGDL, en est à sa troisième édition, présentée au Salon du livre en mars 2013. Ce baromètre atteste d’un intérêt croissant des lecteurs pour les livres numériques. En effet, l’enseignement majeur de cette 3e vague du baromètre indique que les lecteurs de livres numériques sont de plus en plus nombreux et qu’ils lisent plus qu’avant sans pour autant renoncer à leur consommation de livres imprimés.
• Le MOTif, en association avec le médialab de Sciences Po, a publié en mars 2013 une étude sur les pratiques de lecture et d’achat de livres numériques, basée sur une analyse comparative des fonctionnalités de 20 plateformes de ventes d’e-books, des entretiens auprès de lecteurs numériques et une enquête quantitative en ligne. L’étude des comportements d’adopteurs précoces du livre numérique permet ainsi de mettre en lumière les atouts et les freins à son développement dans la période actuelle.

L’équipement des ménages français progresse

L'institut GfK estime que l'équipement des Français en termes de matériel connecté devrait continuer à progresser en 2013 à hauteur de 25,3 millions de terminaux de lecture. Ceux-ci se ventileraient entre 15,2 millions de smartphones, 5,1 millions de tablettes, 4,5 millions d'ordinateurs portables et 500 000 liseuses.
Alors que les netbooks voient leurs ventes baisser en 2012, les tablettes poursuivent leur croissance, avec l'arrivée de nouveaux modèles moins chers. GfK note par exemple une chute de plus de 30 % des prix des tablettes au premier trimestre 2013.
Ces développements contribuent à la consommation croissante de contenus numériques, dont des livres numériques, même si la tablette est par essence un support multi-produit à la différence de la liseuse centrée exclusivement sur l’e-book.

L’offre des fabricants s’étoffe toujours plus

Les supports destinés à la lecture numérique ne cessent de se développer. Ainsi, après l’arrivée des premières liseuses à encre électronique (Cybook, Sony, Kindle, Kobo, etc.) et des tablettes (iPad, Kindle Fire, Kobo Arc, etc.), les fabricants proposent des évolutions en matière de taille d’écran (Kobo Mini, iPad Mini) ou de fonctionnalités (liseuses à encre électronique avec lumière intégrée : Kindle Paperwhite, Kobo Glo). De nouveaux acteurs font également leur apparition sur le marché européen comme Barnes & Noble qui a lancé le Nook au Royaume-Uni en 20122 ou Txtr qui s’est positionné en Allemagne sur une liseuse à bas prix (appelée Beagle), accessible par abonnement auprès d’un opérateur téléphonique.

De plus en plus de libraires proposent la vente de livres numériques sur leur site

Les libraires indépendants ne sont pas en reste dans la vente de livres numériques et l’on dénombre de plus en plus de libraires ou de groupements de libraires qui aménagent leurs sites web pour proposer des livres numériques. Des librairies comme Dialogues, Doucet ou La Procure, qui font office de pionniers en la matière, sont rejointes par de nouveaux points de vente qui se dotent de la capacité de proposer des livres numériques à leurs clients, comme la librairie Mollat. Par ailleurs, des groupements de libraires lancés ces dernières années ont mis en place des sites permettant la vente de livres numériques en plus de livres physiques, comme www.parislibrairies.fr, www.leslibraires.fr ou  www.lalibrairie.com.
Aujourd’hui, plus d’une centaine de librairies indépendantes sont en situation de vendre un catalogue de livres numériques équivalent à celui des opérateurs.

Les pouvoirs publics s’efforcent d’accompagner les mutations du secteur

L’évolution du marché du livre numérique est suivie avec attention par les pouvoirs publics partout dans le monde.
En France, l’accompagnement de la chaîne du livre par les pouvoirs publics est ancré de longue date pour ce qui est de l’univers physique. Ce suivi se prolonge dans le monde numérique à travers un certain nombre de dossiers majeurs comme le contrat d’édition à l’ère du numérique ou la présence des livres numériques en bibliothèque, sujets qui ont fait l’objet d’études et de groupes de travail impulsés par le ministère de la Culture. La fiscalité est un autre sujet pour lequel la puissance publique s’est beaucoup impliquée, allant jusqu’à se confronter à la politique européenne en la matière. En effet, la Commission européenne a saisi la Cour de Justice de l’Union européenne à la suite de la procédure d'infraction ouverte le 3 juillet 2012 contre la France, qui applique depuis le 1er janvier 2012 un taux réduit de TVA aux livres numériques (5,5 % depuis le 1er janvier 2013). Le Luxembourg est également concerné par cette procédure puisqu’il applique le taux réduit de 3 % sur les livres numériques. Or, pour la France, il s’agit, à travers un ajustement de nature technique, de mettre fin à la discrimination fiscale entre livre imprimé et livre numérique, de pouvoir lutter contre le piratage en développant une offre attractive de livres numériques au bénéfice des consommateurs et de développer la lecture sous toutes ses formes.

Par ailleurs, le rapport de Pierre Lescure « Acte II de l’exception culturelle à l’ère du numérique » remis en mai 2013, a rappelé un certain nombre d’avancées du monde du livre comme l’adaptation du contrat d’édition, le projet de numérisation des œuvres indisponibles et la TVA à taux réduit pour les livres numériques. Dans le même temps, ce rapport a réaffirmé le principe d’un maintien de la valorisation de la création et de la médiation.

Aux États-Unis comme en Europe, les enquêtes pour entente sur les prix des livres numériques lancées par le Département de la Justice américain et la Commission européenne ont débouché sur des accords avec les éditeurs concernés en 2012, ces derniers ayant réaffirmé leur bonne foi à cette occasion.
Enfin, on peut souligner que les critiques sont de plus en plus nombreuses contre les pratiques d’optimisation fiscale de certains acteurs internationaux, amenant les gouvernements à regarder de plus près cet aspect du développement d’Internet qui dépasse le cadre du livre numérique.

L’édition numérique a trouvé sa place dans les pays anglo-saxons

Selon les statistiques publiées par AAP / BISG, le marché du livre numérique a connu une croissance significative aux Etats-Unis depuis 2011, de l'ordre de 45 %, et représente aujourd'hui 20 % du CA dit « trade ». Cette croissance est essentiellement le fait de la fiction adulte, suivie du segment jeunesse / « young adult ». En 2012, les ventes  d'e-books représentaient 3,04 milliards de dollars sur 15,05 milliards de dollars de ventes de livres trade (qui ont augmenté de 7 %). Les ventes totales de livres aux Etats-Unis se sont élevées à 27 milliards de dollars.
En Angleterre, le numérique représente 12 % du marché du livre contre 8 % en 2011 et 5 % en 2010 selon les chiffres publiés par l'association des éditeurs britanniques (UK PA) dans son rapport annuel. Les ventes d'e-books ont augmenté de 66 % en 2012, représentant 411 millions de livres sterling sur un marché total de 3,3 milliards, en hausse pour ce dernier de 4 %.
Au Canada, le rapport annuel publié par BookNet Canada indique que le marché du livre numérique se maintient à 15 % du marché total pour l’année 2012.
 

Les sujets majeurs de la commission Numérique

La commission Numérique poursuit sa mission de veille et d’information aux adhérents du SNE, d’interface avec les institutions œuvrant au développement du livre numérique (ministère de la Culture, Centre national du livre, Labo de l’Edition, BnF) et d’instruction des dossiers transversaux en lien avec les autres groupes et commissions du SNE.

1. Les livres numériques en bibliothèque

La présence du livre numérique en bibliothèque figure parmi les préoccupations majeures des derniers mois. La commission Numérique a ainsi rencontré l’association Réseau Carel lors de sa création en juin 2012 et à nouveau en 2013 autour des recommandations de Carel pour le livre numérique en bibliothèque publique, dans une volonté mutuelle de coopération. Le SNE a également suivi attentivement l’étude confiée par le ministère de la Culture à l’IDATE concernant l'offre commerciale de livres numériques à destination des bibliothèques de lecture publique, qui a été rendue publique au Salon du livre 2013. Par ailleurs, la présence des livres numériques en bibliothèque a fait l’objet d’une table ronde lors des Assises du livre numérique de novembre 2012, qui a réuni différents acteurs de la chaîne du livre (éditeur, libraire, bibliothécaire) pour débattre de cette question.

2. Les livres indisponibles

Ce projet visant à redonner accès, grâce à leur numérisation, aux œuvres indisponibles sous droits du patrimoine intellectuel français du XXe siècle, a été suivi de près par la commission Numérique qui y a consacré une partie des Assises du livre numérique de novembre 2012 : Les livres indisponibles, de quoi parle-t-on ?
Ce projet d’exploitation numérique des livres indisponibles du XXe siècle, à travers la loi du  1er mars 2012, est une chance sans précédent, pour les auteurs et les éditeurs, de donner une seconde vie, grâce à la numérisation, à des œuvres qui n’étaient plus disponibles commercialement, tout en offrant ainsi aux lecteurs l’accès à ces œuvres.

3. La lutte contre le piratage

La prolifération de contenus illégaux et de fichiers piratés suscite l’inquiétude des éditeurs qui se trouvent démunis face à ce phénomène. Pour leur permettre d’être en mesure de prendre les décisions qui s’imposent, la commission Numérique a organisé plusieurs réunions et conférences pour faire le point sur le piratage, les moyens techniques de protection, l’environnement légal et juridique, etc. Une partie des Assises de novembre 2012 était ainsi consacrée à la question des DRM, afin d’en expliquer les leviers juridiques mais aussi techniques grâce à l’intervention d’un avocat, Maître Jean Martin, et d’un expert technique, par ailleurs consultant pour l’IDPF, Bill Rosenblatt. Enfin, après l’étude de plusieurs pistes au cours de l’année 2012, le SNE a décidé de présenter à ses adhérents dans le courant de l’année 2013 deux solutions de lutte anti-piratage, auxquels les éditeurs auront la liberté de recourir.
La commission Numérique a également répondu à l’appel à contribution lancé par l’IDPF en 2012 sur le projet « Lightweight Content Protection », une solution de DRM légère destinée à l’EPUB 3 envisagée par l’IDPF.

4. L’EPUB 3

Membre de l’IDPF depuis 2012, le SNE prône l’interopérabilité des formats et mène une action de promotion du format EPUB. Le groupe Normes & Standards de la commission Numérique joue un rôle important en la matière puisqu’il propose une fois par an des ateliers pédagogiques aux adhérents qui souhaitent se familiariser avec ce format et ses composantes (EPUB 3 reflowable, EPUB Fixed Layout, etc.). Ces ateliers sont des moments d’échanges privilégiés autour de démonstrations et d’études de cas concrets. La documentation établie à l’occasion de ces ateliers est disponible à tous en libre accès sur le site du SNE, afin de faire profiter la collectivité de cette action de veille et d’information technologique.
La commission Numérique a eu à cœur de renforcer les liens noués avec l’IDPF depuis plus d’un an. C’est ainsi que le SNE a invité l’IDPF à organiser son premier Forum de l’édition numérique à Paris dans le cadre du Salon du livre au mois de mars 2013. Cette journée, qui a réuni de nombreux professionnels (éditeurs, responsables numériques de maisons d’édition, développeurs, start-up, etc.), a été consacrée à l’apport de HTML 5 et d’EPUB 3 dans la création de contenus numériques, e-books et applications, faisant intervenir les plus grands experts internationaux comme Markus Gylling, directeur technique de l’IDPF ou Daniel Weck, du consortium Daisy.

5. La réflexion et le partage d’information autour du livre numérique

La commission Numérique a pour vocation de favoriser les échanges et les réflexions sur le livre numérique, d’informer les professionnels sur les évolutions techniques et de proposer un panorama des principales innovations du secteur de l’édition. Pour cela, elle s’appuie sur les Assises du livre numérique qu’elle organise depuis 2008 avec le soutien de la Sofia et dont le succès ne se dément pas auprès des professionnels. Il s’agit pour la commission Numérique d’accompagner les professionnels confirmés aussi bien que néophytes en matière d’édition numérique, de manière à assurer sa mission d’information et de pédagogie.

6. L’adaptation du contrat d’édition à l’ère du numérique

Dans le cadre de la mission menée par le professeur Pierre Sirinelli, les discussions entre le Conseil permanent des écrivains et le Syndicat national de l’édition ont abouti à un accord sur l’ensemble des dispositions du Code de la propriété intellectuelle qui régiront désormais le contrat d’édition et sur un code des usages qui viendra les préciser. La commission Numérique, avec la commission Juridique, a participé à ce dossier majeur pour le secteur, cité en exemple dans le rapport remis par la mission Lescure en mai 2013, dans la mesure où le SNE et le CPE sont parvenus à un accord équilibré, répondant aux attentes des auteurs et permettant d’envisager un développement plus serein de l’exploitation numérique des œuvres, dans un cadre contractuel stabilisé. En savoir plus sur l'accord auteurs-éditeurs du 21 mars 2013.
 

Mise à jour le 16/12/2013

En savoir plus :

> sur la commission Numérique
> sur le prix du livre numérique
> sur la TVA sur le livre numérique
> sur le Baromètre sur les usages du livre numérique



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