
Pour avoir une idée simple de la répartition des revenus dans l’industrie du livre, on peut opérer une décomposition du prix d’un livre, qui est fixé par l’éditeur aux termes de la loi Lang. La part constante la plus connue est celle la TVA, au taux réduit de 5,5%. Le détaillant c'est-à-dire le libraire, perçoit un peu plus du tiers. Le diffuseur (qui commercialise le livre) et le distributeur (qui en assure la livraison physique au libraire) sont rémunérés sur 17 à 20%. Les coûts de fabrication incluant l’impression représentent 12 à 20% du prix, part très variable selon qu’il s’agisse d’un livre de poche ou d’un livre d’art. Les coûts éditoriaux représentent 12 à 16%, tandis que la rémunération de l’auteur, qui intervient en premier à la conclusion du contrat d’édition, représente 10 à 12% du prix d’un livre.

Et dans le cas d’un livre numérique ? Le calcul est nettement plus difficile à faire. Tout d’abord parce qu’un contenu numérique peut être commercialisé selon des modèles variés. Mais aussi parce qu’un livre numérique, en France, n’est toujours pas considéré comme un livre et ne bénéficie donc pas de la loi Lang ni de l’existence d’une chaîne du livre numérique. Les coûts de commercialisation d’un contenu numérique peuvent varier considérablement en fonction des moyens marketing mis en œuvre. Il est une idée reçue selon laquelle le livre numérique n’a pas de coût de fabrication et un coût de distribution faible mais souvent sous-estimé : en réalité ces coûts sont remplacés par… une TVA de 19,6 % ! Ainsi, l’essentiel des économies réalisées par le passage au numérique est absorbé par l’Etat, ce qui n’incite guère les éditeurs à investir et s’avère même un frein au développement des offres lorsque les clients sont des bibliothèques publiques, des établissements d’enseignement et de recherche ou des collectivités qui ne récupèrent pas la TVA et dont les budgets sous pression ne peuvent pas faire face à une soudaine augmentation liée à une TVA plus élevée.