Syndicat national de l'édition

Portrait de Soizic Molkhou, entrée en 1986 comme assistante chez Grasset avant de travailler chez Denoël de 1990 à 2003, puis de diriger le service de presse Littérature des éditions Flammarion.

Après des études littéraires, Soizic Molkhou est entrée en 1986 comme assistante chez Grasset, a travaillé chez Denoël de 1990 à 2003 et dirige depuis le service de presse Littérature des éditions Flammarion : regards sur 20 ans de pratique.

Comment devient-on attaché(e) de presse ? est-ce une vocation ?

Le métier dans l’édition a peu à voir avec ce qu’il est dans d’autres secteurs culturels comme le cinéma, la musique ou la haute-couture. L’édition est un monde à part et je crois que l’on souhaite y travailler avant même d’avoir choisi le métier que l’on souhaite y exercer. Il y a d’ailleurs des attaché(e)s de presse qui évoluent vers l’éditorial : Muriel Beyer, aujourd’hui directrice littéraire chez Plon a longtemps dirigé le service de presse de Flammarion [aujourd’hui éclaté en plusieurs secteurs rattachés à l’éditorial, celui de la Littérature qui regroupe la fiction, les documents et les essais étant le plus étoffé, avec 7 personnes pour une production annuelle d’une centaine de titres].
Pour ma part, ayant toujours aimé et l’édition et le journalisme, ce métier, au confluent des deux, me convient parfaitement. Confluent, ou plutôt cyclone – et c’est ce qui me plaît – dans l’œil duquel se retrouvent auteurs, éditeurs et journalistes et qui demande, c’est vrai, une véritable vocation, des qualités humaines et pas seulement intellectuelles.
Le métier requiert d’abord une bonne culture littéraire, tout autant que générale. Il faut lire, beaucoup ! Les livres, les journaux, tout ! Et trouver le temps pour le faire car, paradoxalement, on n’a pas le temps de lire au bureau ! Et surtout, il faut aimer ça. Aimer lire et aimer en parler. Savoir lire et savoir en parler. Savoir de qui on parle, de quoi, et à qui. Adapter son discours à ses interlocuteurs.
Le goût de la lecture, donc, mais aussi le goût des autres : l’auteur derrière le livre : connaître, écouter, comprendre, accompagner, protéger. « Nounou », « maman », sont des mots qui reviennent souvent, ce ne sont pas toujours des clichés. L’auteur est fragile. En exposant son œuvre, son histoire, ses tripes, il s’expose à tout, au meilleur comme au pire. A nous de faire tampon. Et pour ce faire, d’entretenir avec lui une relation privilégiée. L’appeler chaque jour, même quand les nouvelles sont mauvaises, lui donner le sentiment qu’il peut avoir confiance, qu’on est là pour lui, toujours.

Avec les journalistes, ne sont-ce pas les mêmes qualités qu’il faut déployer ?

En effet. Il faut connaître leurs goûts, leurs parcours, savoir comment leur parler, quand leur parler, savoir les écouter, même lorsqu’ils n’ont pas envie de parler de littérature. Connaître leur façon de travailler, leur rythme, l’idée qu’ils se font de la littérature, du métier et des attaché(e)s de presse ! Savoir prendre en compte leurs exigences, leur liberté et leurs contraintes. Avoir avec eux, comme avec les auteurs et les éditeurs, une relation de confiance basée sur la connaissance de l’autre, un zeste de psychologie et beaucoup de générosité. De l’enthousiasme surtout, car il faut savoir donner envie d’ouvrir un livre. Avoir le sens du partage, évoquer des lectures communes, échanger des informations …

En résumé …

Goût de la lecture, goût de l’autre, mais aussi et surtout une tête bien faite ! Le sens de l’organisation et un sang-froid à toute épreuve ! il y a toujours le feu dans le service de presse d’une grande maison. Surtout avec les documents, l’actualité peut s’emballer et on ne sait jamais le matin de quoi la journée sera faite en plus des rendez-vous planifiés. Il faut jongler avec les mails, les appels des auteurs – toujours prioritaires et des journalistes sur plusieurs ouvrages en même temps… On gère en permanence une quantité énorme d’informations.
Il faut aussi avoir beaucoup de patience, savoir par exemple gérer les conditions anti-cycloniques, car quand il ne se passe rien, c’est pire que d’aller au feu !
Dans tous les cas, nous sommes au cœur du réacteur, un réacteur qui brasse des conflits d’ego et d’intérêts. Donc, sang froid, patience, et humilité, car le métier est ingrat, il faut l’admettre. Pour rappeler la formule de Bernard Pivot : « Quand un livre marche bien, c’est parce qu’il est formidable, quand il ne marche pas, c’est la faute de l’attaché(e) de presse » !

Comment se place votre travail dans la chaîne du travail éditorial, comment s’articule-t-il avec celui des autres services de la maison ?

Il se trouve que je suis arrivée chez Flammarion avec la possibilité – qui n’existe pas partout – de participer au comité de lecture, où je peux donner un avis sur le « potentiel presse » d’un projet. Sinon, en règle générale, je reçois de la direction le programme des parutions, entre 6 et 3 mois à l’avance. Parfois plus, ce qui permet dans des cas un peu spéciaux , Paulo Coelho par exemple, de planifier le lancement très en amont.
Lorsqu’un texte est prêt, l’éditeur nous le transmet. Le plus tôt est le mieux. La plupart du temps on le lit sur épreuves 4 ou 6 semaines avant la sortie en librairie. On en parle avec l’éditeur. On prend le premier RV avec l’auteur, pour faire connaissance (voir plus haut), parler du livre et du lancement. Puis, 15 jours avant l’office, l’auteur vient dédicacer les exemplaires de presse. La machine est en route.
Dans le département Littérature de Flammarion, nous avons tous les 15 jours une réunion des attachés de presse avec éditeurs, secteur par secteur : littérature française, littérature étrangère, non fiction, pour faire le point titre par titre des livres en cours.
Je fais aussi une fois par semaine, titre par titre – d’août à décembre, puis de janvier à mars, et mars à juin – une revue de presse écrite, radio et TV qui récapitule ce qui est paru et ce qui va paraître. Elle est largement diffusée dans la maison, mais en particulier aux commerciaux qui vont s’en servir pour informer les représentants et les libraires. De plus, deux ou trois fois par semaine j’envoie « la une » aux services commerciaux, c’est-à-dire le récapitulatif des principales émissions de radio et télévision.

Quel impact ont les nouveaux moyens de communication sur votre façon de travailler d’une part, sur les transformations du secteur médiatique de l’autre ?

Quand j’ai commencé, il y a 20 ans chez Grasset, la maison venait de s’équiper d’un fax… Aujourd’hui, nous avons des téléphones fixes et portables, des répondeurs et des messageries. Paradoxalement, ces outils contribuent souvent à nous noyer, plus qu’ils ne nous aident, alors que nous sommes censés être très réactifs ! Bien sûr le mail permet de toucher des journalistes qui sont impossibles à joindre au téléphone. Et aussi d’envoyer des communiqués de presse de façon massive en un temps record. Mais ce n’est pas pour autant que ces informations vont « passer » et être reprises. Comme nous tous, les journalistes sont saturés et rien ne remplacera jamais le bon vieux coup de fil personnalisé de l’attaché(e) de presse.
Quant aux épreuves, nous ne les envoyons en fichier électronique qu’exceptionnellement, pour une publication de bonnes feuilles par exemple. Le PDF n’est utilisé que pour les couvertures, les photos, l’envoi des programmes, ou lorsqu’on a besoin de travailler très en amont. Sinon tous les journalistes vont préférer recevoir le livre sous forme d’épreuves brochées, dans sa version quasi définitive.
Quant aux difficultés de la presse, il ne faut pas exagérer son impact pour nous qui avons la chance d’avoir des suppléments hebdomadaires dans Le Monde, Le Figaro, et une grande place dans les principaux hebdomadaires. Il est classique que lorsque l’actualité l’impose, ce sont les pages Culture qui sont réduites. Mais il y a aussi un climat de restrictions économiques, des journalistes en sous-effectifs par rapport à une production éditoriale importante. On a le sentiment d’avoir moins d’interlocuteurs, d’avoir de plus en plus à faire à des pigistes qui font des acrobaties pour gagner leur vie entre plusieurs médias. Or eux-mêmes doivent vendre leurs piges, ce qui introduit une étape de plus, complique et ralentit notre travail.
Quant aux journaux gratuits, nous sommes ravis, c’est de la place en plus pour nos livres. La même chose vaut pour Internet, qui grouille de vie et où il y a de plus en plus de critiques de livres, tous ces nouveaux espaces sont bons à prendre ! Bien sûr, il faut mesurer leur audience et adapter nos relations avec eux en fonction de ce qu’ils nous rendent. Je pense même que les éditeurs, et à fortiori les attachés de presse, devront de plus en plus apprendre à travailler avec Internet. Nous devons débroussailler ce terrain encore extrêmement vierge pour le livre alors que le disque l’utilise, lui. On sait qu’un chanteur peut être lancé par le buzz, sans publicité, sans articles de presse, sans interviews. Nous devons réfléchir à communiquer autrement qu’avec la presse écrite, radio et TV. Nous constatons déjà que ce sont les deux derniers canaux qui font le plus vendre, alors que la presse écrite ne parvient à faire vendre nos livres que s’il y a un effet de masse, si les papiers se succèdent dans tous les supports en un temps relativement ramassé.
Chez Flammarion précisément, nous allons très fortement développer notre site, le rendre plus vivant et interactif. Voyez aussi un auteur comme Paulo Coelho qui fait un blog et explique pourquoi il aime tant le Web…

Avril 2007

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