Les fondamentaux du métier d’éditeur : Une étude économique pour décrypter et comprendre les dynamiques du secteur de l’édition

Deux économistes, spécialistes des industries culturelles et de leurs mutations, François Moreau et Stéphanie Peltier, ont mené, à l’initiative du SNE, une étude sur le secteur de l’édition. Cette analyse inédite est une contribution majeure pour décrypter et comprendre le métier d’éditeur et son rôle dans la chaine de valeur du livre.
L’étude offre ainsi un panorama économique sur l’édition et comporte plusieurs données inédites, telles qu’une analyse de la démographie des maisons d’édition ou encore un éclairage singulier sur les prix littéraires.
Plusieurs enseignements se dégagent de cette étude qui met en lumière et en perspective les dynamiques, souvent méconnues, de l’industrie du livre et du métier d’éditeur mais également les ressorts qui sous-tendent ce secteur, que constituent le risque, la diversité et l’innovation.

1/ Le livre : une industrie qui irrigue tout un écosystème, un créateur  de  valeur

Réalité méconnue, l’industrie du livre est le 1er producteur de contenus culturels en France. Ce rang de 1ère industrie culturelle occupé par l’édition de livre s’explique notamment par l’importance de ses effets d’entraînement. En effet, la valeur créée par le secteur irrigue tout un écosystème, de l’auteur au lecteur : imprimeurs, diffuseurs et distributeurs, libraires, bibliothécaires, etc.

Ainsi, un euro dans l’édition génère 2,67 euros dans le reste de la filière livre, un emploi s’accompagne de 4 autres emplois. La valeur ajoutée de la filière du livre se monte à 5,5 milliards d’euros. Bien plus que dans des secteurs comparables des industries culturelles. Par ailleurs, ce sont près de 80 000 emplois qui sont aujourd’hui directement liés au livre en France.
Il est également important de souligner que l’intervention publique représente moins de 1% de la valeur ajoutée du secteur. L’intervention financière est dix fois moins importante que pour le cinéma, vingt-cinq fois moins importante que pour la télévision. Le livre reste toutefois soutenu par une politique culturelle ambitieuse.

Les principaux soutiens du secteur du livre sont des régulations, structurantes pour la filière :
–    Le droit d’auteur qui garantit la rémunération et la proportionnalité du revenu à l’exploitation.
–    Le prix unique du livre qui permet au livre de bénéficier d’un réseau dense et dynamique de détaillants
–    La TVA à taux réduit qui a permis de considérer le livre comme un bien de première nécessité, devant être accessible à tous. Cette aide apportée au consommateur doit impérativement être préservée dans l’univers numérique.
Pivot de cette filière, l’éditeur impulse cette dynamique économique.

2/ La prise de risque, la création et l’innovation constituent l’ADN des éditeurs

Évoluant dans un secteur aux caractéristiques singulières, conjuguant incertitude sur le succès d’un livre (le livre, comme beaucoup de produits culturels, est un bien d’expérience) et investissement important dès la genèse du projet (l’édition est une industrie de prototypes), l’éditeur prend des risques et innove en permanence. Ainsi, 20 à 40% des parutions, en littérature et bande dessinée, sont rentables.
L’essence du métier d’éditeur consiste à accompagner des auteurs et des œuvres, dans la durée. Le focus sur les prix littéraire souligne le rôle, bien réparti entre petites et grandes maisons, de découvreur de talents de l’éditeur. Il rappelle également le temps nécessaire au développement d’une carrière : un lauréat obtient l’un des prix historiques en moyenne dix-sept années après la parution d’un premier roman. Près de la moitié des auteurs primés l’ont été avec l’éditeur de leur début.
Les éditeurs mènent  différentes stratégies pour gérer ce risque : le choix des projets ou la sélection des manuscrits, la diversification du portefeuille éditorial, le développement du poche et du livre numérique, la vente et l’achat des droits à l’international, le développement des produits dérivés, notamment des adaptations cinématographiques, et pour les plus grands acteurs, l’intégration de la distribution. Le revenu issu du droit d’auteur, proportionnel aux ventes, joue également un rôle dans la gestion du risque.

3/ Un secteur dynamique et diversifié qui connait des signes de fragilité

Le secteur du livre est relativement concentré : les dix premiers groupes, rassemblant 366 marques éditoriales autonomes, représentent 60% des ventes de livres. Deux groupes d’édition, Hachette et Editis (via sa maison-mère Planeta), font partie des dix leaders mondiaux. L’existence de ces « champions » ne fait pas pour autant obstacle à la diversité et à la richesse du secteur de l’édition.
3000 structures d’édition actives publient chaque année au moins un titre. Parmi celles-ci, 70% ont été créées il y a moins de vingt ans.
Le chiffre d’affaires issu de la vente de livres a mieux résisté que celui des autres industries culturelles mais décroît depuis 2007 (1.2% par an en moyenne). L’évolution de l’activité a un impact direct sur la démographie et la santé financière des maisons d’édition. La rentabilité financière se dégrade, avec des évolutions variables selon la taille des entreprises. Le taux de création d’entreprises baisse, tandis que le taux de survie à cinq ans des nouvelles structures se dégrade.
Conséquence de cette double dégradation, depuis quatre ans le nombre de disparitions d’entreprises d’édition excède celui des créations.
Enfin, le numérique, sources d’opportunités à explorer pour le secteur, induit un bouleversement de la chaine de valeur du livre : l’un des effets les plus évident étant l’irruption dans la chaine de valeur d’acteurs, éloignés du monde de la culture, pour lesquels le livre est un moyen, et non une fin. Il semble difficile aujourd’hui de prévoir les modèles d’avenir ni l’effet du numérique sur la concentration des ventes.

Vincent Montagne, président du Syndicat National de l’Edition, a déclaré : « Le travail des économistes nous a permis de préciser des intuitions que nous avions déjà quant à nos métiers. La valeur ajoutée importante du livre et l’effet d’entraînement de l’édition sur la filière sont indéniables. Toutefois des signes de fragilisation du secteur apparaissent. Cette étude éclaire également des aspects méconnus de notre secteur : sa vitalité, puisque 70% des maisons d’édition ont moins de 20 ans.
Le but de l’éditeur est d’amener les livres vers les lecteurs, quel que soit leur support. Notre campagne sur la TVA du livre numérique (unlivreestunlivre.eu) le montre. Un éditeur est celui qui prend le risque de publier de nouveaux auteurs et de les accompagner dans la durée. Notre secteur est entré de plein pied dans le numérique. »

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