Bibliothèques et numérique

Le prêt numérique en bibliothèque

Les bibliothèques représentent 4% des achats de livres en France et ont une mission fondamentale de médiation pour l’élargissement du lectorat. Elles constituent des espaces privilégiés pour l’exposition du livre, soutiennent la formation des grands lecteurs et le développement de pratiques nouvelles d’accès aux biens culturels, dont celle de la lecture numérique.

À travers leur rôle d’éducation des citoyens, les bibliothèques participent à l’économie du marché du livre en tant que formatrices des lecteurs, mais également en tant que clientes des libraires et des éditeurs. Depuis 2015, des études, des expérimentations et des échanges se sont intensifiés pour faire en sorte que le prêt numérique en bibliothèque puisse prendre son essor sans pour autant cannibaliser le marché émergent du livre numérique.

Invité aux Assises du livre numérique de mars 2014, Philippe Touron, directeur de la librairie Le Divan, a témoigné de la nécessité de conserver les acteurs de la chaîne du livre physique dans l’univers du numérique, rappelant qu’il existe un lien naturel et un langage commun entre un libraire et un bibliothécaire, allant au-delà de l’apport technique et commercial, et permettant de travailler à la sélection des œuvres dans un but de préservation de l’hétérogénéité de l’offre et des points de vente des livres.
Contrairement aux pratiques de prêts pour les livres imprimés, régies par des contraintes matérielles (horaires d’ouverture de la bibliothèque, disponibilité de l’exemplaire, usure possible de certains livres déjà plusieurs fois empruntés, risque d’oubli des dates limites de prêt etc.), les facteurs de différenciation entre l’acte d’emprunt et l’acte d’achat disparaissent presque entièrement dans l’environnement numérique.

Dans ce contexte, pour préserver l’investissement dans la création soutenu par la rémunération des ayants droit, tout en permettant aux collectivités de promouvoir efficacement la lecture numérique, l’ensemble des acteurs concernés ont élaboré, sous l’égide du ministère de la Culture et de la Communication, des recommandations pour une diffusion du livre numérique par les bibliothèques publiques.

 

En Europe (informations datant de 2015)

En Suède, un accès très large au prêt de livres numérique en bibliothèque a empêché jusqu’à présent l’essor du marché grand public de livres numériques, conduisant les auteurs et éditeurs à demander une révision du système. Au Danemark, le projet-pilote « eReolen.dk » a été lancé en 2011, mais la cannibalisation des titres récents due à un nombre illimité d’utilisateurs simultanés a conduit à revoir le modèle en juillet 2013. Désormais le service impose un lecteur par exemplaire et quatre emprunts successifs maximum. Cette nouvelle disposition a eu des effets positifs sur la croissance du marché BtoC. En Finlande, l’expérimentation « Next Media » est en cours, reposant sur la comparaison de trois modèles : l’octroi d’une licence pour un an avec un utilisateur par exemplaire et un nombre de prêts illimités ; l’octroi d’une licence pour un an avec accès simultané pour les utilisateurs jusqu’à 100 prêts ; et l’octroi d’une licence pour plus de six mois avec 20 utilisateurs simultanés et 10 prêts successifs. En Angleterre, le « e-lending pilot program », financé par The British Library Trust, lancé en mars 2014 pour une durée d’un an, a pour but de mesurer l’impact du prêt numérique de quatre bibliothèques sur les ventes d’ebooks dans leurs régions respectives. Les expérimentations sont nombreuses, mais encore trop récentes pour conclure quant à l’impact du prêt numérique dans les pays où le marché du livre numérique est encore très faible.

En France

En France en 2017, les bibliothèques proposent plus de 107 000 titres au format ePub.

Le SNE soutient le projet PNB (Prêt Numérique en Bibliothèque), dispositif mis en œuvre par Dilicom, ouvert à tout libraire et à tout distributeur, pour gérer des échanges standardisés qui conditionnent l’interopérabilité d’une offre de lecture numérique à disposition des bibliothèques. L’objectif de PNB est donc double :

  • D’une part, intégrer les librairies dans les offres de prêt numérique en bibliothèque (qui en sont exclus dans les autres pays dans l’ensemble) ;
  • D’autre part, permettre une interopérabilité des diverses offres à destination des bibliothèques (de même que Dilicom assure déjà l’interopérabilité des offres de livres numériques en « BtoC »)

D’un point de vue fonctionnel, le distributeur de livres numériques transmet à Dilicom la description des offres que lui a confiées son éditeur. Ces offres sont intégrées au FEL (fichier exhaustif du livre) et diffusées aux libraires qui les présentent aux collectivités via leurs sites professionnels. Les bibliothèques procèdent à leur acquisition auprès des libraires, qui transmettent les commandes aux distributeurs. Elles confient à leurs partenaires techniques la conception ou l’adaptation de leur portail personnalisé qui met ainsi les ouvrages achetés à disposition de leurs usagers.

L’éditeur définit les conditions techniques d’accès aux livres numériques de son catalogue, en restant libre d’adopter les techniques de sécurisation de son choix, dans le respect de la confidentialité des données personnelles des usagers. En contrepartie, les offres reposent sur des critères modulables : la durée de mise à disposition de l’offre ; le nombre d’emprunts autorisés ; le nombre d’utilisateurs simultanés ; la durée maximale d’emprunt ; l’accès in situ ou ex situ ; le nombre de terminaux ; et la restitution anticipée par l’usager.

L’essentiel est de préserver la diversité des offres commerciales, tout en standardisant leur présentation pour simplifier leur commercialisation aux bibliothèques.

 

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