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Le livre numérique en 2015 : le numérique en marche

 

En 2015, la progression du livre numérique a marqué le pas, les Français ne l’ayant pas encore vraiment adopté… Toutefois l’implication de tous, éditeurs, bibliothécaires, pouvoirs publics, associée aux travaux d’EDRLab, installé à Paris, devrait faciliter l’adoption de ce nouveau support de lecture. Tandis que l’édition se dote de nouveaux métiers pour répondre aux besoins du numérique, le smartphone ouvre des pistes en suscitant de nouvelles écritures…

Le marché du livre numérique en France, une progression lente

Le livre numérique s’implante doucement dans les usages de lecture des Français, dans un marché du livre, en petite reprise de croissance, qui atteint 2,667 milliards d’euros, dont 6,5 % sont dus au livre numérique. Trois études menées sur 2016, les statistiques de l’édition du SNE, le baromètre SNE/SOFIA/SGDL et l’étude GFK fournissent des éléments concrets sur le marché et la lecture numérique grand public. En 2015, 2 % des Français ont acheté un livre numérique. La répartition du chiffre d’affaires de l’édition numérique montre la place importante de la littérature, proche de 20 % et surtout celle des sciences humaines et sociales avec 62,2 % (dont l’édition juridique représente 90 %). L’Europe présente des résultats contrastés : si le Royaume-Uni affiche un marché plus mature, la France s’inscrit dans une progression comme l’Allemagne et l’Espagne dont les résultats sont dus pour les deux tiers à l’exportation vers l’Amérique latine et les États-Unis. À noter, le recul de 11 % des ventes aux États-Unis, essentiellement en raison de la baisse des ventes dans la catégorie Young Adult.

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Mieux connaître les lecteurs de livres numériques, leurs goûts et leurs usages

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Le livre numérique en 2014 : bilan et perspectives

Dans cette page

Une offre des éditeurs étoffée

Le nombre de livres mis à disposition par les éditeurs français en version numérique croit de façon régulière. On compte aujourd’hui environ 120 000 livres numériques français sous droit disponibles à la vente, répartis entre nouveautés et catalogues de fonds. L’édition numérique s’est implantée dans tous les secteurs et selon le Baromètre 2014 de l’offre de livres numériques en France de KPMG, plus de six éditeurs sur dix ont d’ores et déjà développé une offre numérique.
Tandis que la part du numérique se stabilise à 4,1% du chiffre d’affaires net des éditeurs, l’édition numérique grand public (hors scolaire, Sciences Technique Médecine et Droit) connaît une augmentation significative de 1% à 2,3% du chiffre d’affaires des éditeurs.

Ces offres se rapportent aux nouveautés et aux catalogues de fonds, lesquels représentent 60% de l’offre numérique des éditeurs (33,3% de publications datées de 1 à 5 ans, 21,6% de publications antérieures). Le Centre National du Livre attribue une aide sous forme de subvention afin de soutenir les éditeurs dans la numérisation rétrospective de leurs fonds et la diffusion numérique de documents sous droits de langue française, en lien avec Gallica. La numérisation des œuvres indisponibles dans le cadre du projet ReLIRE rendra également disponibles des dizaines de milliers d’ouvrages du patrimoine littéraire.

Au niveau des formats, les livres numériques homothétiques privilégient encore l’utilisation du format ePub 2, un standard ouvert, interopérable, offrant un confort de lecture appréciable à l’utilisateur. L’année 2013 est aussi marquée par la parution de plusieurs ouvrages en ePub 3 : un nouveau standard supportant les enrichissements interactifs (tels que les vidéos, les animations, les fenêtres pop-ups pour les notes…), interopérable, et bénéficiant d’une structure pensée pour rendre les ouvrages accessibles aux personnes handicapées visuelles. Comme l’ont montré les livres en ePub 3 présentés aux Assises du livre numérique, ce format a le double avantage d’être ouvert et de posséder des fonctionnalités éditoriales innovantes, régulièrement développées par des groupes de travail bénéficiant de membres français très actifs, ce qui devrait conduire progressivement à sa large adoption par les éditeurs.

Des lecteurs réguliers

Tandis que l’offre des éditeurs croit de façon significative, la quatrième vague du baromètre SOFIA/SNE/SGDL témoigne de la constance du nombre de lecteurs numériques. Début 2014, 15% de la population française âgée de 15 ans et plus déclare avoir déjà lu, en partie ou en totalité, un livre numérique. La stabilité de ce chiffre par rapport à l’année précédente montre que les propriétés du numérique ont fidélisé un public de professionnels et de particuliers qui a depuis une consommation stable, voire en augmentation, de livres numériques.
Le profil du lecteur numérique reste avant tout un profil de grand lecteur, y compris en format papier : 66% des lecteurs de livres numériques ont lu un livre imprimé il y a moins d’un mois contre 44% des non lecteurs de livres numériques. La plupart des lecteurs numériques possède un taux d’équipement plus élevé que la moyenne (83% d’entre eux possèdent un smartphone, 55% une tablette et 25% une liseuse) ce qui permet de varier les supports en fonction de l’ouvrage lu.

Explosion du taux d’équipement des Français

En 2013, qu’ils soient ou non lecteurs de livres numériques, l’étude de GFK (mars 2014) montre que les Français se sont massivement équipés en appareils permettant la lecture numérique. La tablette a connu une forte augmentation de 70% des ventes : on compte début 2014 12 millions de Français équipés, soit 18% de la population. La tablette est adaptée à la lecture du texte grâce aux applications dédiées et elle est le support presque exclusif de la lecture de livres enrichis : 72% des lecteurs de livre numérique utilisent leur tablette comme support de lecture ; et le temps de lecture représente 15% de leurs usages sur ce support (Baromètre SOFIA/SNE/SGDL). Le taux d’équipement en smartphones a également continué d’augmenter, avec 15,8 millions d’appareils vendus en 2013 et 49,7% de la population française équipée. Il est utilisé par 27% des lecteurs numériques comme support de lecture. Bien qu’il soit difficile de conserver l’attention des lecteurs sur ces appareils propices à la dispersion, ces supports offrent des opportunités de rencontres avec des publics plus éloignés de la lecture.
En parallèle de ces outils multimédia, le marché des « liseuses » continue également de se développer. Ces appareils utilisent une encre électronique aux propriétés non réfléchissantes particulièrement adaptées à la lecture longue et à la concentration. Les ventes de cet appareil ont augmentée de 17%, avec 850 000 Français équipés en 2013. Utilisées par les grands lecteurs pour leur facilité de stockage, de transport et de mobilité, les liseuses en 2013-2014 ont amélioré leur confort de lecture (technologie e-ink Pearl HD, premiers essais pour la couleur avec la technologie Triton) et leurs fonctionnalités de lecture « tout terrain » (autonomie de batterie de deux mois, éclairage intégré, résistance à l’eau et au sable).
Parmi les technologies attendues se profilent les téléphones portables à double écrans, à l’image du Yotaphone commercialisé depuis mars 2014. Ils possèdent en lieu de la coque un écran à encre électronique, lequel offre des possibilités de lecture confortable.

Un choix important de librairies numériques pour les lecteurs

Les librairies indépendantes, les grandes surfaces spécialisées et alimentaires sont de plus en plus nombreuses à vendre des liseuses en intégrant dans l’appareil leur librairie numérique. Citons par exemple la librairie Decitre qui commercialise des modèles Pocketbook, également vendus par Gibert Joseph et d’autres librairies indépendantes, ainsi que par les grandes enseignes Cultura et Super U. Carrefour a lancé sa propre liseuse Nolimbook contenant une boutique en ligne associée. Relay.com vend quant à lui des modèles Cybook. Enfin, Kobo a annoncé  l’extension de la distribution de ses appareils de lecture, vendus en exclusivité par la Fnac jusqu’en décembre 2013, et maintenant disponibles chez Pixmania, Boulanger et Géant Casino.
Contrairement aux appareils imposant un environnement fermé de lecture, les librairies françaises proposant des terminaux de lecture commercialisent des appareils interopérables.
L’absence d’enfermement dans un environnement propriétaire permet aux lecteurs de choisir leurs points de ventes puisque tous les revendeurs commercialisent les livres numériques au prix unique fixé par l’éditeur. Des centaines de librairies proposent aujourd’hui l’intégralité des catalogues éditeurs en formats ouverts. À travers leur propre site internet ou au sein de regroupements comme www.parislibrairies.fr, www.leslibraires.fr  ou numerique.lalibrairie.com, elles effectuent des choix personnalisés d’agencement des ouvrages pour les lecteurs qui bénéficient ainsi du même travail de sélection que dans les librairies physiques.

La croissance des opérateurs internationaux

En France comme à l’international, les grands opérateurs du numérique continuent de gagner en importance. Les rachats successifs de Goodreads (réseau social de recommandation de livres) puis de ComiXology (plateforme de distribution de comics et autres bandes dessinées et mangas en ligne) par Amazon témoignent de la stratégie de l’entreprise. Amazon se positionne fin 2013 comme le premier lieu d’achat d’e-books pour 67% des Américains et 72,4% des Anglais (The Global eBook Report, printemps 2014).
La compagnie Kobo annonce de son côté une hausse en an un de plus de 50% de sa base d’utilisateurs provenant de 190 pays différents, laquelle a atteint les 18 millions en 2013 (The Bookseller, mars 2014).
L’édition à compte d’auteur prospère également à travers les plateformes d’auto-publications développées entre autres par Amazon, Kobo et Barnes & Noble. Elle représente 20% du marché anglais du livre numérique en volume et 12% en valeur, avec un prix moyen de 2£ (Nielsen Book Research, mars 2014). Une part de marché que l’on retrouve dans les mêmes proportions aux Etats-Unis (The Global eBook Report, printemps 2014).
Après une année 2013 irrégulière pour les librairies Barnes & Noble, et malgré une chute de plus de 60% des revenus du département Nook à la fin de l’année, le groupe a implanté en novembre sa librairie numérique Nook en France et dans 31 autres pays via une application pour Windows 8, nouant ainsi un partenariat avec Microsoft. À l’inverse, la librairie numérique Sony a fermé en février 2014, obligeant les utilisateurs de ses appareils à migrer vers la librairie Kobo.
Tout en étant des moteurs de croissance de la lecture numérique au niveau international, ces acteurs suscitent la vigilance des éditeurs soucieux de voir préservée une diversité des points de vente nécessaire à la diversité de la création littéraire.

Stratégies de promotion

D’après une étude internationale réalisée par le BIEF à l’automne 2013 sur « L’acquisition et la cession de droits numériques en traduction », la principale offre promotionnelle mise en place par les maisons d’édition réside dans la pratique de prix attractifs proposés pour un court laps de temps. Une étude menée par le MOTif en mars 2014 avec le concours du Labo de l’édition, « Pratiques d’éditeurs : 50 nuances de numérique », montre en particulier que les start-ups françaises utilisent fréquemment ce levier : 62% d’entre elles réalisent des baisses de prix sur une courte durée. En Italie, cette pratique s’est toutefois systématisée au point d’habituer les clients à n’acheter majoritairement que des livres en promotion.
La stratégie de la promotion par le prix n’est pas la seule source de visibilité marketing déployée par les éditeurs qui ont recours à l’utilisation des réseaux sociaux, des fichiers clients ou qui animent des sites ou blogs dédiés à un auteur ou à une collection. La littérature de genre construit également des communautés de fans avec lesquels les éditeurs collaborent.

Regard sur les pays anglo-saxons

Après une croissance fulgurante en 2012, la part du marché du livre numérique en 2013 se stabilise dans les pays anglo-saxons. Aux États-Unis, les ventes de livres numériques représentent en 2013 27% du CA dit « trade3 » contre 20% en 2012 (The Association of American Publishers). En Angleterre, le numérique représente en valeur 15% du marché du livre contre 12% en 2012 (The Publishers Association). Les achats de livres numériques ont progressé de 20% en volume en 2013 et représentent une acquisition de livre sur quatre (Nielsen Book Research, mars 2014). Les supports numériques de lecture font pleinement partie du paysage éditorial anglo-saxon. Le ralentissement de l’augmentation des revenus issus du numérique des éditeurs (lesquels avaient augmenté de 45% aux USA et de 66% en Angleterre entre 2011 et 2012) semble indiquer une stabilisation du public converti à la lecture dématérialisée.

La régulation du marché du livre numérique

La France a anticipé l’arrivée du livre numérique en transposant les règles de l’univers physique au monde numérique (prix unique, TVA à taux réduit). Les auteurs et les éditeurs se sont mis d’accord en 2013 pour adapter le contrat d’édition à l’ère du numérique. Cette adaptation du droit d’auteur aux nouveaux usages montre sa capacité d’évolution sans nécessairement le remettre en cause.

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