Promotion de la lecture

La lecture à l’ère d’Internet : soyons volontaristes

Pourquoi avoir lancé, début 2014, une enquête sur les Français et la lecture ? Pour une raison simple : nous vivons une rupture de civilisation, où l’homme contemporain, ultra-connecté, est de plus en plus absorbé par un monde d’écrans, d’images et d’écrits fragmentaires, et où il a de moins en moins de temps à consacrer à la lecture de livres.
En même temps, face à ce flux continu d’informations et d’opinions disparates, le livre représente encore un point d’ancrage et un facteur de confiance. Face au bruit assourdissant de la Toile, le livre nous offre ce moment de silence, de solitude et d’intériorité, qui fait figure désormais de luxe.
Selon la philosophe Myriam Revault d’Allonnes, « lorsqu’on se met à lire, on se débranche du monde extérieur. Or, l’homme contemporain n’aime pas se sentir ainsi déconnecté. J’entends déplorer fréquemment que les élèves ne lisent plus. Ou, plus souvent encore, qu’ils ne savent plus lire un livre du début à la fin, et se satisfont de fragments. Mais la lecture fragmentée n’est pas liée simplement à l’existence autour de nous des écrans qui nous sollicitent en permanence. Elle s’explique plus profondément par le rapport qu’entretient l’individu contemporain avec le temps – ce qu’on appelle le “présentisme”, à savoir la prégnance de l’instant, de l’immédiateté, l’appréhension du temps comme une succession de moments au détriment de la prise en compte de la durée, de l’existence du passé et de l’avenir. Cette incapacité à envisager la longue durée affecte fatalement la pratique de la lecture, qui est à la fois de l’ordre de la mémoire et du projet. »
A l’occasion du Salon du Livre 2014, le SNE, en partenariat avec le CNL, a commandé à IPSOS une étude visant à la fois à vérifier l’état des pratiques de lecture en France et à mesurer l’attachement des Français au livre.

La lecture, une pratique encore largement partagée

70 % des Français sont lecteurs de livres et ont lu au moins un livre dans l’année en 2013 (-5 points par rapport à 2010). Ils lisent en moyenne 15 livres par an, contre 16 en 2010. Les jeunes (moins de 35 ans) sont toujours la tranche d’âge qui lit le plus pour le loisir (hors contrainte scolaire ou professionnelle) ; néanmoins, ils lisent moins qu’auparavant.
Les Français lisent de façon variée : quatre genres différents de livres sont cités en moyenne. Les genres préférés varient selon les sexes et les tranches d’âge. Ainsi, la littérature contemporaine figure parmi les genres les plus lus par les femmes ; les jeunes lisent davantage de classiques et de science-fiction.
Apprendre et se divertir sont les deux principales motivations des lecteurs, à égalité. Chez les grands lecteurs, l’ouverture au monde (diversité de points de vue) est particulièrement recherchée.

Un fort attachement au livre

L’attachement des Français au livre demeure très fort. Le livre, synonyme de pérennité et de transmission, reste un pilier de notre culture. L’originalité de l’étude est d’avoir posé des questions sur le rapport intime des Français au livre : les résultats sont un véritable plébiscite. La lecture et ses valeurs font l’objet d’une adhésion rarement observée : 96 % des lecteurs pensent qu’il faut lire des livres aux enfants pour leur donner le goût de lire, 95 % que le livre est une source essentielle de connaissance, 94 % qu’un livre peut marquer profondément, 85 % qu’il est essentiel de posséder des livres. Très largement, à 84 %, les lecteurs ne peuvent pas imaginer un monde sans livres.
Le livre apparait comme le support qui inspire le plus confiance, largement en tête devant la télévision, la presse ou internet : cela témoigne du prestige attaché au livre, de la qualité reconnue aux contenus édités.  Les lecteurs font plus facilement confiance aux contenus des livres (40 %) qu’à la presse quotidienne (16 %), à la télévision (16 %), à Internet (7 %), à la radio (6 %), à la presse magazine (3 %). Ils ont six fois plus confiance dans un livre qu’en Internet. Les non-lecteurs font davantage confiance aux contenus télévisuels, mais le livre apparait toutefois en troisième position.

Le principal frein à la lecture : le manque de temps

Un lecteur sur deux aimerait lire davantage. La principale raison de ne pas lire davantage est le manque de temps disponible pour 73 % de ceux qui aimeraient livre davantage. C’est également un frein pour 58% de l’ensemble des lecteurs. Chez les non-lecteurs, le manque d’intérêt (« je n’aime pas tellement ça ») est la principale raison de ne pas lire ; mais le manque de temps arrive en deuxième position (38 %). Seuls 5 % des non-lecteurs estiment que le livre est trop cher. Ni le prix, ni l’accès au livre ne sont considérés comme des freins à la lecture, chez les lecteurs comme les non-lecteurs.

Culture du livre, culture des écrans : la nécessaire complémentarité

Selon l’étude de référence d’Olivier Donnat, Pratiques culturelles des Français, le volume global de temps consacré aux écrans (télévision, ordinateur, smartphone, tablette) est de 31 heures par semaine. L’ avis de l’Académie des Sciences, L’ enfant et les écrans, (Jean-François Bach, Olivier Houdé, Pierre Léna, Serge Tisseron, Le Pommier, 2013) est sans équivoque : il est essentiel d’alterner les pratiques, entre culture du livre et culture des écrans, qui sont complémentaires. Cette alternance amplifie les bénéfices de l’une et de l’autre.
Du point de vue cognitif, le livre a en effet des vertus spécifiques : développement de la pensée linéaire, organisée autour de relations de temporalité et de causalité, de la narrativité construite sur une logique de succession ; développement de la mémoire événementielle, c’est-à-dire de long terme. Le livre est ancré dans le temps et développe cet ancrage, il favorise l’attention, la pensée d’une tâche unique qui doit être menée à son terme, et réalisée le mieux possible, dans un idéal de perfection.  La culture du livre aide à prendre du recul, à développer un sens critique individuel.

Lutter contre la fracture de la lecture en donnant le goût de la lecture

Selon l’enquête PISA 2012, la France se situe dans la moyenne des pays de l’OCDE en matière de compréhension de l’écrit. Cependant, les écarts se sont creusés en France : la part des élèves ayant de grandes difficultés à lire passe de 15 % à 19 % entre 2000 et 2012, à l’inverse de la moyenne des pays de l’OCDE. Or, la difficulté à lire emporte inévitablement d’autres contre-performances, scolaires et professionnelles.
Cette « fracture de la lecture » doit être combattue par des politiques volontaristes en faveur de la lecture. Il n’y a pas de fatalité. Ainsi, sur les 64 pays comparés par l’étude PISA, 32 ont amélioré leur performance en compréhension de l’écrit en 2012.
La lecture doit être une priorité, une grande cause nationale. Les pouvoirs publics doivent faire du livre à l’école une priorité nationale. En particulier pour les 30 % d’enfants dont les parents ne lisent pas, il est essentiel que l’école puisse les familiariser avec le livre. Or, les budgets de manuels scolaires ont diminué de 55 % de 2013 à 2014. Le budget de manuels scolaires des écoles primaires est plus faible en France (13,5€ par élève et par an) qu’en Allemagne (31€), en Finlande (80€) ou en Espagne (111€).
Parce qu’il est essentiel de donner le goût de lire aux enfants, en particulier à ceux qui ne sont pas familiers des livres, le SNE a lancé en 2012, en partenariat avec le ministère de l’éducation nationale, un grand jeu de lecture à voix haute, les Petits champions de la lecture. Plus de 15 000 enfants en classe de CM2 participent chaque année, partout en France.

 

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