Comité pour la liberté de publier (UIE)

La défense du principe de liberté de publier est l’une des deux missions principales de l’Union international des éditeurs (UIE), avec la promotion d’une protection forte et effective du droit d’auteur. Elle intervient régulièrement pour dénoncer la censure, les violences policières ou les détentions arbitraires, que subissent des éditeurs. Des lettres de protestation sont ainsi envoyées aux autorités locales, généralement à la demande de l’association concernée. En outre, elle mène des actions de lobbying lorsque des projets de loi, notamment en matière de sécurité nationale, ne respectent pas le principe de liberté de publier.
Le SNE est l’un des membres actifs du Comité pour la Liberté de Publier de l’UIE, où il est représenté par Olivier Bétourné (Le Seuil).
Ce Comité vise à maintenir et défendre les droits des éditeurs de publier et de distribuer les œuvres de l’esprit dans une complète liberté, dans le respect des droits dus sur ces œuvres, et cela aussi bien à l’intérieur de chaque pays qu’entre les nations. L’UIE considère ainsi de son devoir de s’opposer avec la plus grande fermeté à toute tentative ou menace de restriction de cette liberté.

Le prix Liberté de publier de l’UIE 2014

Le Prix Liberté de publier de l’UIE a été décerné à l’éditeur biélorusse Ihar Lohvinau, lors de la foire du livre de Londres, le 8 avril 2014. Créé en 2005, le Prix récompense une personnalité ou un organisme qui défie, à travers la publication de livres, un contexte politique défavorable à la liberté d’expression. Le SNE fait partie du jury par l’intermédiaire de ses deux représentants Olivier Bétourné (Le Seuil) et Catherine Blache (SNE). Nous avons reçu de très nombreuses nominations pour le Prix — 26 candidatures (un nombre record) provenant de 6 continents et 18 pays différents, dont l’Afghanistan, le Myanmar, la Russie, la Turquie, le Vietnam, l’Azerbaïdjan, la Chine, l’Indonésie, la Syrie, le Kirghizstan, le Liberia, le Mexique, le Maroc et l’Arabie Saoudite.
Ihar Lohvinau est à la tête de la maison d’édition  Lohvinau depuis 2000, qui publie des œuvres de littérature, d’histoire, de politique et d’art, avec un accent sur les écrivains biélorusses dont les œuvres sont réprimées par le gouvernement. La librairie Lohvinau à Minsk a longtemps représenté un point de rencontre vital pour la communauté littéraire biélorusse. En octobre 2013, le permis de publication a été retiré à Lohvinau par le ministère de l’information, après qu’il a publié un livre jugé « nuisible à l’image du pays » : il contenait une photo d’un manifestant qui avait été agressé par la police. Ayant perdu son permis de publier en Biélorussie, Ihar Lohvinau est désormais obligé de publier en exil, de Vilnius en Lituanie.
L’expérience d’Ihar Lohvinau, et celles des autres éditeurs sélectionnés pour le prix, nous rappelle que dans de nombreux pays aujourd’hui, les éditeurs sont harcelés, poursuivis, emprisonnés, torturés ou même tués pour ce qu’ils publient. Le Prix reconnait que les éditeurs sont en première ligne dans la défense des droits de l’homme et en particulier de la liberté de publier ; c’est notre manière de leur rendre hommage.

Le Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies

En 2012/2013, l’UIE a continué à rédiger des rapports nationaux sur l’état de la liberté d’expression et de publier, formulant ainsi des recommandations aux États concernés par les travaux du groupe de travail sur l’EPU, où elle représente un acteur majeur depuis sa création en 2008. Ce groupe de travail examine la situation des droits de l’Homme de tous les pays membres des Nations Unies tous les quatre ans. Les pays pour lesquels l’UIE a soumis des rapports entre octobre 2012 et mars 2013 sont les suivants : Arabie Saoudite, Azerbaïdjan, Malaisie, Nigeria et Russie.

Mobilisation contre les cas de censure par les acteurs d’Internet

Plusieurs cas de censure concernant des livres numériques ont été relevés. Citons notamment : Lucky Luke : En remontant le Mississipi où les personnages noirs sont représentés avec de grosses lèvres ; plus de 1200 références de bandes dessinées présentes sur Iznéo et refusées par Apple ou encore un livre danois sur les hippies comprenant de la nudité, ainsi que le titre censuré de Tchoupi part en pique-n****. La FEE a alerté le parlementaire danois Morten Lokkegaard et le SNE a contacté Jean-Marie Cavada sur les effets de censures des acteurs dominants d’Internet. Ce dernier serait intéressé par l’idée d’organiser une audition au Parlement européen sur ce dossier. L’UIE se propose de recenser les autres cas de censure au plan mondial. Les entreprises telles qu’Apple devraient offrir aux livres la même égalité de traitement que ce qui existe dans la librairie traditionnelle.

Situation en Turquie et en Thaïlande

En ce qui concerne la Turquie, l’UIE continue d’être reconnue en tant qu’experte par l’Union européenne. La situation a continué de se dégrader pour les éditeurs turcs. Les « armes » utilisées sont notamment l’Article 301 du code pénal protégeant la « nation turque » de toute insulte ou la loi 5816 protégeant la mémoire d’Atatürk de toute insulte.
En outre, le recours à la loi anti-terroriste pour brider la liberté d’expression, qui avait débuté en 2011, s’est poursuivi en 2012/13, touchant des éditeurs comme l’éditeur lauréat du Prix Liberté de Publier de l’UIE, Ragip Zarakolu et son fils Deniz. Si Ragip a été libéré de prison le 10 avril 2012 grâce à une campagne orchestrée par l’UIE, son fils y demeure, depuis octobre 2011. Tous les deux restent accusés en raison de leurs liens présumés avec une branche d’un organisme kurde interdit, l’Union des communautés du Kurdistan (KCK), dans le cadre du procès KCK visant les milieux politiques kurdes à grande échelle. Ils risquent de lourdes peines de prison. L’UIE, qui a pris la parole sur la question devant le Comité des droits de l’Homme de l’ONU (un comité d’experts distinct du Conseil des droits de l’Homme) en octobre 2012, et son membre turc (TYB) continuent de suivre la situation de près.

Lors du lancement de Capitale mondiale du livre 2013 à Bangkok en Thaïlande, le 23 avril 2013, journée mondiale du livre et du droit d’auteur, Trasvin Jittidecharak (Silkworm Books) membre thaïe du comité exécutif de l’UIE, a notamment appelé les autorités locales à décriminaliser les actes de diffamation. Il s’agirait d’amender l’article 112 du code pénal thaï relatif au crime de lèse-majesté afin de permettre une plus grande liberté d’expression dans le pays. L’UIE avait d’ailleurs soumis un rapport sur la Thaïlande dans le cadre de l’Examen Périodique Universel du Conseil de droits de l’Homme des Nations Unies (EPU) en 2011.

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