- Communiqué partenaire
Le Prix Voltaire 2026 récompense Yehia Fekry et Mohamed Hashem
L’éditeur égyptien Yehia Fekry a reçu le Prix Voltaire 2026 de l’Union internationale des éditeurs (UIE) lors de la remise du prix, qui a eu lieu durant le 35e Congrès international des éditeurs à Kuala Lumpur en Malaisie. L’UIE a également attribué un Prix Voltaire spécial à l’éditeur Mohamed Hashem, décédé en 2025.
La remise du Prix Voltaire 2026 de l’Union internationale des éditeurs (UIE) a eu lieu à la fin de la première journée du 35e Congrès international des éditeurs à Kuala Lumpur. À l’occasion du 20e anniversaire du Prix, Khaled Lotfy (Tanmia, Égypte, 2019), Rasha Al Ameer (Dar Al Jadeed, Liban, 2021) et Nadia Kandrusevich (Koska, Biélorussie, 2025), lauréats des éditions précédentes, se sont réunis pour discuter de la liberté de publier et de l’importance du prix.
Durant la cérémonie, Jessica Sanger, présidente du comité Liberté de publier de l’UIE, a déclaré : « La liste des finalistes de cette année nous montre une fois de plus que des éditeurs sont contraints d’exercer leur activité en exil. Des éditeurs sont exclus des foires internationales et des festivals littéraires, des éditeurs défendent la diversité des idées et contestent des lois restrictives, en donnant la parole à des communautés qui, sans eux, n’auraient pas l’opportunité de raconter leurs histoires. Des éditeurs vivent dans un contexte de guerre et tentent, malgré tout, de publier des livres qui aident à donnent un sens au monde qui nous entoure. Le comité Liberté de publier, est pleinement conscient de sa responsabilité d’organiser le prix sur la base des nominations reçues chaque année, mais aussi de son devoir de renouveler son soutien et engagement envers les lauréats des années précédentes. »
En faisant référence à de récents articles parus dans la presse, elle a ajouté : « Nous restons très préoccupés par la condamnation injustifiable de Sihem Bensedrine, notre lauréate 2009, à 25 ans de prison pour son action en faveur de la liberté en Tunisie. »
Lors de la remise du Prix Voltaire 2026, Yehia Fekry, dirigeant et fondateur d’El Maraya, a déclaré « El Maraya a été fondée en 2016 avec une mission simple, mais ambitieuse : offrir une tribune aux jeunes voix issus des nouveaux courants démocratiques et libéraux d’Égypte, ainsi qu’aux perspectives critiques qui peinent souvent à trouver leur place au sein du discours politique et intellectuel dominant. Au fil du temps, El Maraya est parvenue à constituer une vaste communauté de lecteurs et de soutiens fidèles. Cependant, la nature de notre mission culturelle et les points de vue critiques présentés dans nos publications nous ont exposés à de nombreuses pressions institutionnelles, qui ont remis en cause notre travail dès l’origine et continuent de le faire aujourd’hui. Malgré ces pressions persistantes, nous restons déterminés à mener à bien notre mission. Nous restons attachés au droit à la connaissance, ainsi qu’au droit des écrivains et des chercheurs à exprimer leurs idées librement. »
Gvantsa Jobava, présidente de l’UIE, a affirmé « Je crois sincèrement que l’édition est un métier qui s’adresse à celles et ceux qui allient courage et sens des responsabilités. C’est un métier qui exige du courage, car les idées progressistes que les écrivains des différentes époques ont exprimées dans leurs livres n’auraient souvent jamais vu le jour si les éditeurs avaient eu peur : peur des idées nouvelles, de l’audace de leurs auteurs, des mots percutants, d’une mise à nu sans concession, des vérités dérangeantes, de l’expression libre et des idéaux de liberté ; peur de reconnaître et d’accepter ces idées uniques. Puis, c’est un métier qui exige de la responsabilité, car la dignité des éditeurs, des auteurs et des lecteurs, mise à l’épreuve dans les périodes les plus difficiles, dépend depuis toujours, et aujourd’hui encore, de notre attachement aux responsabilités de notre profession. Pourtant, les histoires extraordinaires d’éditeurs qui se sont battus pour la liberté de publier, que relatent les vingt années d’existence du Prix Voltaire, vont bien au-delà de ces deux valeurs. Ce sont des exemples d’un véritable héroïsme ! Un héroïsme au service de la défense de la dignité humaine, un héroïsme au service du métier d’éditeur, un héroïsme au service de la liberté elle-même. C’est sur cette base que se forge une alliance équilibrée entre l’éditeur et l’auteur, qui préserve l’unicité et la dignité intemporelle des livres, ainsi que du métier d’éditeur. »
Lors de la remise du Prix spécial, la fille de Mohamed Hashem, Mirette Hashem, a déclaré : « Toute sa vie, mon père a défendu l’idée que les livres constituent la pierre angulaire d’une société libre et éclairée. En tant qu’éditeur, il a été un fervent défenseur de la liberté d’expression, plaidant sans relâche en faveur du droit de penser, d’écrire et de publier librement en Égypte. Il a fait de nombreux sacrifices pour protéger ces valeurs, convaincu que la liberté d’expression est essentielle au progrès d’une nation. Merci d’honorer l’héritage de mon père et de soutenir ceux qui défendent la liberté de publier et le courage de penser librement. »
Des photos des lauréats et de la cérémonie sont disponibles ici.
À propos du Prix Voltaire 2026 de l’UIE
Les candidats au Prix Voltaire sont des éditeurs – individus, groupes ou organisations – qui ont publié des ouvrages controversés sous la pression, la menace, l’intimidation ou le harcèlement, que ce soit de la part de gouvernements, d’autres autorités ou d’intérêts privés. Il peut également s’agir d’éditeurs qui se sont distingués par leur respect de valeurs, telles que la liberté de publication et la liberté d’expression. Dans le cadre du Prix Voltaire, le terme « éditeur » désigne un individu, un collectif ou une organisation qui fournit à d’autres personnes les moyens de partager leurs idées sous forme écrite, y compris par le biais de plateformes numériques.
Le Prix Voltaire, doté d’une récompense de 10 000 CHF, est rendu possible grâce aux généreuses contributions de ses sponsors, qui sont tous des maisons d’éditions ou des organisations partageant les valeurs mises à l’honneur par le Prix Voltaire.
Le lauréat du Prix Voltaire 2026, Yehia Fekry, a fondé la maison d’édition El Maraya for Arts & Culture, au Caire en 2016. Avec plus de 250 titres qui témoignent de leur ligne éditoriale indépendante, elle a fait face à des pressions institutionnelles, comme en témoigne son exclusion au Salon International du livre au Caire en 2025 et 2026. Son siège a fait l’objet de cinq perquisitions entre 2018 et 2024, au cours desquelles des membres du personnel ont été arrêtés, tous les exemplaires de certains libres ont été saisis et la maison d’édition s’est vue interdire de les rééditer.
A propos du Prix Voltaire spécial
Périodiquement, le Comité Liberté de publier de l’UIE peut décerner le Prix Voltaire spécial, une distinction posthume destinées aux personnes récemment décédées pour avoir exercé leur liberté d’expression, ou qui se sont illustrées comme de remarquables défenseuses de la liberté de publier au cours de leur vie. L’objectif de ce prix est de mettre en lumière leur engagement exceptionnel pour la liberté d’expression et de révéler comment elles ont été réduites au silence. Ce prix vise à promouvoir l’héritage du lauréat et à soutenir sa famille, ses amis, ses partisans, si nécessaire, en faisant en sorte que son histoire ne tombe pas dans l’oubli. Les lauréats ont généralement fait preuve d’un engagement courageux en faveur de la liberté d’expression au cours d’une vie consacrée à l’écriture, à l’édition ou au militantisme, et ont été tués, exécutés ou ont perdu la vie en prison.
Le lauréat du Prix voltaire spécial 2026, Mohamed Hashem, est le fondateur de Merit Publishing House, une maison d’édition égyptienne indépendante qui, depuis 1998, se consacre à la liberté d’expression, à la promotion des écrivains émergents et des voix marginalisées dans le monde arabe. Militant engagé contre l’autoritarisme, Hashem a co-fondé le mouvement Kefaya en 2004 et le mouvement « Écrivains et Artistes pour le Changement » en 2005, qu’il a hébergé chez Merit. Il a ensuite transformé sa maison d’édition en quartier général permanent de la Révolution du 25 janvier 2011, apportant ainsi une aide cruciale aux manifestants.









