Syndicat national de l'édition

  • Mot du Président

Discours de Vincent Montagne, Président, à l’occasion de l’Assemblée générale du SNE 2022

L’Assemblée générale 2022 du Syndicat national de l’édition s’est tenue jeudi 30 juin 2022 à la Maison de l’Amérique Latine (Paris 7). 

 

« Mesdames et Messieurs les éditeurs, chers consœurs et confrères,

Chers adhérents,

Arrivés au terme de notre Assemblée Générale, il me revient à présent le plaisir de vous dire quelques mots de conclusion.

J’ai l’honneur, la responsabilité aussi, de présider le Syndicat national de l’édition depuis 2012. Vous venez aujourd’hui de me renouveler votre confiance et avec moi, vous avez élu un bureau composé de 7 femmes et de 7 hommes engagés, qui représentent notre métier dans toute sa diversité. En notre nom à tous, je vous remercie sincèrement.  

Le Syndicat national de l’édition est avant tout une aventure collective. Notre rapport d’activité l’illustre dans chacune de ses pages. L’exposé que vous avez fait, Mesdames et Messieurs les Présidents, des nombreuses activités portées par vos groupes et commissions, en témoigne bien mieux qu’un long discours. Merci à vous, qui, à titre bénévole, acceptez d’assumer des responsabilités en vous engageant à nos côtés.

Ce collectif est à la fois notre raison d’être et la seule voie possible pour défendre efficacement notre industrie, notre métier et pour faire face aux enjeux qui sont les nôtres. Il faut, le préserver, le faire grandir.

C’est ma conviction. Je m’y engage avec optimisme mais aussi réalisme.

Nous devons continuer à progresser encore dans notre capacité à écouter… et à nous entendre, à mettre sur la table nos différences et parfois nos différends, à construire en acte cette solidarité qui fait notre force.

Paul Valéry disait « Mettons en commun ce que nous avons de meilleur et enrichissons-nous de nos mutuelles différences ! »

C’est un impératif pour aborder l’avenir.

Oui l’année 2021 a été une année exceptionnelle pour le livre et l’édition. Sur le plan économique bien sûr, avec une croissance tous secteurs confondus, de notre chiffre d’affaires de +12,4%, Pierre l’a rappelé tout à l’heure. Et c’est bien l’ensemble du marché de l’édition qui a profité de cette croissance.

Oui, grâce à notre mobilisation, et la solidarité de toute l’interprofession -auteurs, éditeurs, libraires – les librairies ont intégré la liste des commerces essentiels et la lecture a été déclarée grande cause nationale.

Oui grâce à notre investissement, nous avons pu négocier avec le gouvernement des plans d’urgence et de relance pour le livre qui ont permis à notre industrie de s’en sortir plutôt bien malgré la crise sanitaire. Je pourrais multiplier ainsi les exemples de nos combats – et de nos succès – sur le plan juridique, social, politique…

Notre responsabilité collective, sera plus que jamais nécessaire dans les années qui viennent. Car les défis que l’édition devra relever sont nombreux.

Notre société, mais tout particulièrement aussi notre secteur, sont traversés par des mutations conjoncturelles et structurelles de grande ampleur.

Je vous en rappelle les principaux :

→ Les multiples pénuries des plaques et hausses des prix des matières premières, du papier, des encres, des colles, de l’énergie, des transports ont déjà aujourd’hui et auront demain un impact direct sur notre industrie.

→ Un acteur historique – le club de livres France Loisirs – s’éteint lentement.

→ Des modèles de commercialisation innovants émergent – comme celui du webtoon.

→ Une nouvelle forme « d’autoédition » se développe et des auteurs à succès créent leur propre maison.

→ Les mouvements capitalistiques au sein des deux plus grands groupes d’édition amèneront notre secteur à se recomposer.

→ Du côté des lecteurs, quelle sera la demande et quels seront les comportements d’achats face à l’inflation ? Déjà, au printemps 2022, les ventes de livres marquent légèrement le pas, à la suite d’une période d’élection présidentielle, que l’on sait d’ordinaire peu propice aux ventes de livres mais à laquelle s’est greffée aussi le début de la guerre en Ukraine.

De tout cela en qualité de syndicat représentatif de l’édition, nous devons tenir compte et veiller à préserver les fondamentaux de notre métier et à construire les modèles qui permettront à notre industrie de maintenir sa diversité et ses spécificités.

Cet engagement et cette feuille de route, nous ne les prenons donc pas au nom de l’exception culturelle, ou d’un corporatisme frileux, mais au nom des valeurs qu’ils sous-tendent et que nous incarnons : le pluralisme et la diversité éditoriale. Ce qui justifie d’être innovant.

Le premier défi, majeur, que nous devons relever ensemble est de développer l’accès au livre et à la lecture du plus grand nombre.

Malgré 2021, la lecture enregistre dans notre pays un recul permanent. Vous le savez, le SNE a rejoint l’Alliance pour la lecture, un collectif de plus de 70 organisations, unies pour sensibiliser le public au fait que : 13 millions d’entre nous en France n’ont pas accès à la lecture. Et pourtant la lecture est un droit fondamental !

Nous avons tous un rôle à jouer. A l’échelle de nos maisons.

Et à l’échelle de notre syndicat.

C’est ce qui, je le sais, motive votre investissement dans la conduite de projets au sein des groupes et commissions du SNE, pour déployer davantage l’audience et la présence du livre, sous toutes ses formes, auprès de tous les publics, y compris les plus éloignés du livre, à la maison, à l’école…

C’est ce qui a motivé notre investissement collectif dans le déploiement du Festival du Livre de Paris. Dans un contexte marqué encore par la crise sanitaire, dans un calendrier presque déraisonnable, il a fallu tout réinventer. Je voudrais saluer ici le travail des équipes du festival. Des équipes du SNE également, qui n’ont pas ménagé leur peine.

Indéniablement, ce fut une réussite et une belle rencontre avec un public nombreux qui a répondu présent. Pour autant, et nous en sommes bien conscients, beaucoup reste à faire pour améliorer son format et permettre au plus grand nombre d’entre nous d’y participer. Le soutien de toutes les Régions, pour une participation plus importante de l’édition régionale, est un enjeu pour nous tous. Si j’insiste sur ce point, c’est parce que, j’en suis convaincu, le festival du livre de Paris, comme l’a longtemps été le salon du Livre de Paris par le passé, est un atout puissant de promotion du livre, en France et à l’international, et une formidable vitrine de la diversité éditoriale française que nous représentons et que tant d’autres pays nous envient.

Développer l’accès au livre et à la lecture du plus grand nombre, est un enjeu en France mais aussi à l’international.

Nous avons participé activement aux travaux des Etats généraux du livre en langue française, qui se sont tenus à Tunis en septembre 2021. De nombreuses problématiques ont été soulevées à cette occasion. L’édition française est un acteur majeur de l’édition dans l’espace francophone.

Si les Etats ont un rôle à jouer, notamment dans la mise en place de politiques publiques adaptées, il est de notre responsabilité, à nous éditeurs de contribuer aussi à développer l’accès de tous les publics francophones – en particulier les jeunes – au livre et à la lecture et de lever les freins à la production, la diffusion et la circulation des livres en langue française dans le monde. Au-delà de l’enjeu économique, il en va aussi de la diffusion de nos idées et de la circulation de nos œuvres partout dans le monde.

Autre défi, autre responsabilité qui nous incombe : le dialogue avec l’interprofession

Le livre est une filière riche de sa diversité, structurée et solidaire, attachée aux relations équilibrées entre l’ensemble de ses acteurs : auteurs, éditeurs, diffuseurs, distributeurs, libraires, détaillants et bibliothécaires.

La bonne santé de notre secteur et l’avenir de notre filière dépendent de la qualité du dialogue entre tous ces acteurs et de la qualité de nos relations.

Je l’ai dit souvent : les éditeurs sont au cœur de la création et nous portons une responsabilité particulière au sein de la chaîne du livre. Ce sont les éditeurs qui prennent le risque financier de publier. Ce sont eux qui fixent le prix du livre. Ce sont eux qui portent la transformation numérique de l’industrie du livre. C’est bien sur nous que repose une part importante de l’équilibre économique de la filière et de la valeur patrimoniale qui se constitue.

Dialogue avec les auteurs, en premier lieu. Après de longues discussions ces derniers mois, nous sommes parvenus à un accord d’étape, juste et équilibré que nous sommes en train de parachever.

En parallèle, les discussions se poursuivent avec le ministère de la Culture, la ministre Roselyne Bachelot-Narquin ayant confié à Pierre Sirinelli en avril dernier, une nouvelle mission portant notamment sur la rémunération des auteurs. Nous participerons à ces discussions, mais j’aimerais ici rappeler les règles que nous avons d’ores et déjà fixées.

  • Que des études économiques sectorielles soient menées d’une part
  • Et que le respect de la relation contractuelle entre l’éditeur et son auteur soit affirmé.

En d’autres termes, nous ne nous laisserons pas imposer une rémunération de la création au temps de travail, imposer un pourcentage minimum de rémunération. D’ailleurs ni le ministère, ni la plupart des auteurs ne souhaitent que la création soit administrée.

Editeurs et auteurs, dans le respect du contrat qui les unit, sont le socle de la filière du livre. Ensemble, tous les acteurs économiques de la création doivent œuvrer à créer de la valeur. La création est et doit rester libre et plurielle et l’économie du livre repose sur le succès des ouvrages publiés !

C’est une réalité très concrète. L’économie du succès est notre modèle économique. Nous devons, mieux, sans doute, le faire savoir, chiffres à l’appui, rappelant les vrais pourcentages comparés de rémunération nette auteurs/éditeurs.

C’est cela aussi la mission du Syndicat national de l’édition et de sa commission économique. Avec les différents groupes et commissions du SNE, nous allons y travailler. 

Avec les libraires, avec les bibliothécaires, avec les papetiers, les imprimeurs, nous poursuivrons également le dialogue. Car là encore les enjeux sont importants.

Et bien sûr avec les décideurs politiques.

Après les élections présidentielles, puis législatives nous allons reprendre notre bâton de pèlerin pour défendre notre profession, ses fondamentaux. Et là encore faire œuvre de pédagogie pour expliquer notre modèle économique, notre rôle et notre responsabilité aussi, pour maintenir un juste équilibre entre l’ensemble des acteurs du livre.

Dialogue, information et concertation entre nous enfin.

Pour nous permettre à tous de faire face aux enjeux sociaux et sociétaux de notre profession et développer ensemble des projets utiles aux éditeurs et plus largement à toute l’interprofession du livre.

Le booktracking en est un. Pour apporter plus de transparence dans la relation entre auteurs, éditeurs et libraires, lors des ventes, au plus près des sorties de caisse. Je vous en ai souvent parlé depuis plusieurs années. Sa mise en œuvre est complexe. Je n’en dirai pas beaucoup plus aujourd’hui, mais les choses avancent et nous serons en mesure, en septembre prochain, de faire des annonces concrètes, tant en termes d’organisation de structure, que de calendrier.

L’accessibilité de nos ouvrages en est un autre. Vous le savez, une directive européenne, en cours de transposition dans le Droit français rend obligatoire dès 2025 la production de livres numériques nativement accessibles aux lecteurs en situation de handicap. C’est un sujet technique. Mais son impact, notamment économique est majeur pour toute notre industrie. Et 2025, c’est demain… le SNE sera aux côtés de tous les éditeurs pour accompagner cette transformation. Avec le ministère de la Culture, nous travaillons notamment à la mise en place d’une plateforme d’information et de formation qui pourrait être en ligne courant 2023.

Autre sujet concret : la création d’un fonds de compensation pour les éditeurs défaillants. Le projet, monté en partenariat avec la SGDL et la SOFIA, voit le jour. Nous communiquerons sur tout cela dès la rentrée prochaine.

Je ne peux pas lister tous les sujets importants sur lesquels nous travaillons. La liste serait trop longue.

Sujets sociaux et sociétaux, avec la signature prochaine d’un accord avec les organisations syndicales sur les violences et le harcèlement sexistes et sexuels dans l’édition, environnementaux, juridiques, économiques autour notamment de la problématique des livres d’occasion, des tarifs postaux… 

Sur tout cela nous allons travailler, vous associer et vous informer.

Je voudrais terminer mon intervention par un sujet auquel je suis très attaché vous le savez. Celui de la petite édition indépendante.

Mieux travailler avec l’édition régionale et mieux l’intégrer à notre fonctionnement est un enjeu stratégique. Je m’y suis engagé. Au niveau des groupes et commissions, nous veillerons à un meilleur équilibre dans la représentation des maisons ; Avec la Fédération des Editions indépendantes, nous nous réunirons régulièrement et mènerons des actions communes.  « Simul et singulis, être ensemble et rester soi-même » : Faisons de cette devise de la Comédie-Française, notre devise !

Les enjeux, les défis qui sont devant nous, sont ceux de l’édition dans son ensemble quelle que soit la taille de nos maisons.

Pris individuellement, que nous soyons de petites maisons ou de grands groupes, nous sommes des pierres isolées, face aux défis de notre profession. Ensemble seulement, nous sommes représentatifs et légitimes. Ensemble seulement nous pouvons faire entendre notre voix et peser dans le débat. Relatons ce propos de Saint-Exupéry : « La pierre n’a point d’espoir d’être autre chose qu’une pierre. Mais, de collaborer, elle s’assemble et devient temple ».

Mener des actions concrètes au plus près des besoins des éditeurs, de TOUS les éditeurs, petits et grands, incarner, représenter l’édition dans toute sa diversité, être toujours plus à l’écoute et ne mettre aucun sujet de côté au prétexte qu’il serait pour certains marginal.

C’est mon ambition et un engagement que je veux prendre devant vous aujourd’hui : le SNE a montré qu’il était capable d’évoluer, de s’adapter, de s’améliorer, il faut continuer à s’appliquer cette vigilance et cette exigence pour progresser encore sur la voie d’une profession unie et forte, forte parce qu’unie.

Après 10 ans de présidence, je mesure l’importance pour le SNE d’agir en France mais également plus largement à l’échelle européenne et internationale. Je comprends également l’importance de tisser des liens forts avec toutes celles et ceux qui appartiennent à la chaîne du livre. Je sais enfin l’importance que revêt un syndicat uni et représentatif de la diversité de l’édition. C’est le sens de l’action que je souhaite mener, que nous souhaitons mener au SNE.

Vous l’avez compris avec l’ensemble des membres du bureau, avec les Présidents de groupe et commissions, avec le travail efficace des équipes permanentes du Syndicat, je voudrais que ce nouveau mandat que vous avez bien voulu nous confier soit résolument placé sous le signe du collectif.

Un collectif au service de celui qui nous rassemble : le livre.

Je vous remercie. »

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