Syndicat national de l'édition

Privé : Être éditeur

Portrait de Sophie Bancquart, éditrice indépendante

“Creuser son sillon”, “tenir la ligne” sont des expressions qui reviennent dans les propos de Sophie Bancquart. Dotée d’une identité forte, la marque Le Pommier qu’elle a lancée il y a neuf ans aura connu six années de totale indépendance. Comment créer sa propre maison après avoir été salariée, et pourquoi l’avoir récemment vendue ?

Sophie, vous êtes une femme douée de talents multiples : architecte de formation, soprano dans vos loisirs… comment êtes-vous devenue éditrice ?

S.B. On pourrait dire que je le suis devenue par atavisme familial. J’ai en effet commencé par fonder une agence d’architecture mais, au bout de trois ans, j’avais si peu de contrats que j’ai décidé de faire n’importe quoi d’autre. Or mon père, dont le propre arrière-grand père avait une librairie-maison d’édition et qui rêvait d’en monter une, avait créé une petite structure, les Editions de la Porte verte. J’ai commencé par faire les photos d’un livre pour lui, puis le livre au complet et quelques autres. Il s’agissait surtout d’ouvrages réalisés pour le compte de laboratoires pharmaceutiques. Lorsque le copain qui lui a racheté la maison pour un franc symbolique a mis pour condition que je la dirige, je me suis retrouvée faire quelque chose à quoi je n’étais pas du tout préparée et cela a duré deux ans. En 1981, j’ai répondu à une annonce de Bordas et j’ai été engagée pour m’occuper du secteur des dictionnaires thématiques et des beaux-livres. Jean-Manuel Bourgois prenait un risque, mais il avait estimé que j’étais capable de construire…

 

C’est là que j’ai vraiment appris le métier, avec des livres passionnants comme par exemple le Dictionnaire de littérature française, le Mourre en un volume, ou une nouvelle édition du Dictionnaire de musique.

J’ai eu la chance de rencontrer des gens intéressants, de travailler avec les auteurs et un jour je me suis demandé pourquoi je m’interdirais de contacter ceux que j’admirais. Voilà comment j’ai appelé Michel Serres, qui a eu la gentillesse de me recevoir pendant deux heures un jour de la fin 87 et m’a posé mille questions. J’ai essayé de lui proposer sans succès d’écrire une histoire du temps (« C’est déjà fait »), une histoire de l’amour (« Ça se fait mais ça ne s’écrit pas ») puis une histoire des sciences : « Là, ça peut se faire parce qu’elle est déjà faite… » En fait il avait travaillé depuis des années avec un groupe de 11 scientifiques de haut niveau sur commande d’un éditeur avec lequel les choses n’avançaient pas. Je lui ai fait une proposition d’organisation du manuscrit qui lui a convenu et c’est ainsi que le projet est passé chez Bordas. Et que j’ai découvert le milieu scientifique.

C’est là que j’ai vraiment appris le métier, avec des livres passionnants comme par exemple le Dictionnaire de littérature française, le Mourre en un volume, ou une nouvelle édition du Dictionnaire de musique.

Les scientifiques sont des auteurs particuliers ?

S.B. Ce sont des gens magiques ! Pour qui le partage de la connaissance est une nécessité, une passion et un plaisir, qui ne passent pas leur temps à se regarder le nombril mais ont le sens d’une mission à remplir. Alors, lorsque Michel Serres, en 1989, m’a suggéré de passer chez Flammarion, j’ai accepté de le suivre et j’y ai créé le département « Savoir grand public ». En contrepartie, Charles-Henri-Flammarion et son directeur général, Jean-Pierre Arbon, ont souhaité que je prenne la responsabilité d’Artaud et de la Maison rustique. Or, si j’ai dû gérer Artaud tant bien que mal pendant quelques années, j’ai adoré l’aventure de la Maison rustique où j’ai découvert également un monde particulier, des gens passionnés, avec un vrai savoir-faire. C’est là notamment que j’ai rencontré Colette Gagey, avec qui nous avons lancé le Bon jardinier, un souvenir inoubliable ! Côté savoir, j’ai lancé la collection « Domino » avec ses 128 pages, les premières fictions scientifiques, le Dictionnaire géopolitique et surtout Le Trésor des sciences, qui reste une grande fierté. Petit à petit s’est créé dans le département, autour de Michel Serres et Nayla Farouki, un groupe de scientifiques parmi lesquels Pierre Léna, Etienne Klein, Pierre Laszlo…. Nous avons réfléchi, à partir du constat de la nécessité de transmettre le savoir scientifique à un large public, à la façon de le faire de manière agréable, séduisante mais aussi sérieuse et efficace. Le projet alors, chez Flammarion, rencontrait une certaine ambiguïté par rapport au département Sciences humaines dirigé par Louis Audibert. D’où l’idée de créer une marque qui fasse sa place à une démarche un peu différente. La chose n’ayant pas pu se faire avec Flammarion, j’ai accepté l’offre de Claude Durand de créer Le Pommier d’abord chez Stock – c’était le 1er septembre 1998 -, puis chez Fayard, en tant que département doté d’une large autonomie et diffusé par Hachette.

Flammarion a continué un temps à exploiter la collection Domino avant de la solder, non ?

S.B. C’est dommage… J’ai d’ailleurs repris et actualisé récemment certains titres de sciences en poche au Pommier. Car Domino, tout comme Le Pommier première manière [chez Fayard] était ouvert aussi aux sciences humaines et même à la religion. Ce n’est qu’après janvier 2001 que nous avons décidé de nous centrer sur les sciences exactes.

Entrevue réalisée en août 2007 par Monique Vézinet

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