- La parole à...
3 questions à Sonia Draga, présidente de la FEE
L’édition en perspective 2025-2026, le rapport d’activité du Syndicat national de l’édition, a donné la parole à Sonia Draga, présidente de la Fédération des éditeurs européens (FEE).
Merci beaucoup à elle pour sa contribution, qui a été reproduite en intégralité ci-dessous.
Comment se porte le marché du livre actuellement ?
Il n’y a pas un marché européen mais 27 marchés si on ne compte que les pays de l’Union européenne. Vous comprendrez aisément qu’il n’est pas simple de récolter des chiffres aussi tôt dans l’année dans la plupart des pays européens. D’ailleurs, nous avons récemment envoyé un questionnaire à nos membres pour savoir quelles sont les premières impressions de performance des marchés du livre en 2025. Ce qui en ressort est diversifié, mais représente cependant de toutes les manières une détérioration de la situation en comparaison avec les années précédentes. Depuis 2022, on constate dans la plupart des marchés des gains modestes du chiffre d’affaires global, souvent dus plutôt à une hausse des prix qu’à une augmentation des volumes de vente, qui sont souvent en diminution. Pour 2025, la plupart des grands marchés ont enregistré une légère diminution en valeur, qui reflète une diminution en volume – l’Espagne étant l’exception. Les marchés nordiques ont, eux, connu une croissance qui, contrairement aux années précédentes, provient principalement des ventes des livres papier. Les années précédentes, elles avaient beaucoup diminué. Ce développement est peut-être dû à un revirement des autorités nordiques sur l’usage d’ouvrages scolaires imprimés dans l’enseignement alors que pendant des années, les écoles avaient privilégié le numérique.
Quelles ont été vos principales priorités depuis que vous êtes devenue Présidente de la Fédération des éditeurs européens ?
Quand vous êtes élue à la Présidence d’une organisation comme la FEE, vous avez deux types de priorités.
Les premières, qui exigent une attention permanente de l’équipe et le soutien du Conseil d’administration et notamment de la présidence, ce sont les dossiers européens : le droit d’auteur, l’impact de l’intelligence artificielle ou encore la législation sur la déforestation et les paiements tardifs. Permettez-moi de m’attarder sur les deux derniers : comme la vaste majorité des législations européennes, tout part de bonnes intentions, mais ces législations ont été conçues sans prendre en compte l’impact sur l’édition. Il était donc nécessaire que la FEE se mobilise. C’est chose faite pour la déforestation avec l’exclusion des livres, évitant ainsi des coûts assez exorbitants pour de nombreux éditeurs européens. En ce qui concerne le règlement sur les paiements tardifs qui obligeraient les libraires à payer les éditeurs dans un délai d’un mois, nous avons obtenu l’exclusion du secteur du livre après un vote du Parlement européen. Le dossier est maintenant bloqué depuis plusieurs mois sur la table du Conseil.
Ces résultats sont obtenus grâce au travail de l’équipe et à la collaboration de l’ensemble de nos membres.
Les autres priorités viennent directement des membres, pour répondre à des demandes d’assistance ponctuelles des associations d’éditeurs et parfois porter celles-ci devant le législateur européen ; comme dans le cas des livres de seconde main, qui représentent un problème croissant pas seulement en France, mais aussi dans d’autres pays de l’Union, ou pour développer des stratégies de communication notamment pour la lecture, un sujet qui préoccupe le monde du livre.
Mes priorités ont été et sont d’être au service des membres avec l’aide de l’équipe bruxelloise et continuer défendre l’édition au niveau européen.
Qu’apporte concrètement le Rapport Voss au secteur du livre ?
Le rapport du député européen Axel Voss a récemment été adopté par une majorité de députés européens. Il faut rappeler qu’il s’agit d’un rapport d’initiative qui a un impact politique, mais pas d’impact législatif – ou en tout cas pas directement.
La très bonne nouvelle est que, même si les discussions ont pu être compliquées, le rapport final cherche à mettre en avant des solutions favorables aux ayants droits. On peut souligner la requête d’introduire une présomption d’exploitation à l’instar de la proposition française discutée au Sénat.
Il est maintenant nécessaire de persuader la Commission, qui est la seule institution qui est à même de faire des propositions législatives.









