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Trois questions à Monique Barbaroux, administratrice générale au ministère de la Culture

À l’occasion de la publication du rapport d’activité 2019-2020 du SNE, Monique Barbaroux, administratrice générale au ministère de la Culture, est revenue sur la mission développement durable engagée au ministère, et plus spécifiquement sur les enjeux environnementaux du secteur du livre. 

Réunir à une même table tous les acteurs de la chaîne autour de ce sujet était inédit, que retirez-vous de cette expérience ?

Ce fut une première pour les acteurs de la filière (auteurs, imprimeurs, éditeurs, distributeurs, libraires, conservateurs de bibliothèques) que de se retrouver pendant plus d’un an à réfléchir sur une meilleure prise en compte du développement durable dans leurs activités ; mais une première aussi pour la Mission Développement durable du ministère de la Culture. Autant nous avions travaillé sur les sujets de la durabilité des festivals de plein air, l’écoconception dans les spectacles vivants, la sensibilisation aux pratiques RSE dans les Ecoles supérieures de la Culture… autant ce fut nouveau que de réfléchir sur toute la chaîne du livre et de la lecture avec leurs représentants, pour coproduire des idées, du sens et surtout des actions ! Cela montre qu’un travail collectif sur ce sujet transversal est possible, et surtout qu’il est aujourd’hui indispensable. Car tout est imbriqué, les acteurs interagissent et le terme de filière prend tout son sens. On ne peut penser l’aval sans l’amont ; toute mesure concrète résultera de la « culture du compromis » entre intérêts parfois opposés et souvent tout aussi légitimes,  et de la volonté d’arriver à un équilibre dans les solidarités entre professionnels, avec un accompagnement des pouvoirs publics. La méthode de travail retenue (comité de pilotage, deux journées de rencontres/rendus à la BnF, puis au CNL, une publication, puis un recentrage sur les sujet prioritaires à traiter) a induit une certaine lenteur, ou plutôt une maturation, mais la constance et l’opiniâtreté furent évidentes de la part de tous pour poursuivre le travail.

Existe-t-il des actions spécifiques du ministère de la Culture pour favoriser le développement durable dans le secteur du livre ? Quels sont les moyens d’action dont vous disposez ?

Dans le secteur du livre, le MC n’est pas le seul à disposer de moyens d’action ; le rôle du ministère de la Transition écologique et solidaire et de Bercy avec la Direction générale des entreprises (DGE) est essentiel ; ils font voter des textes et édictent des règlements, ils mettent en place des modalités de soutiens de type économique. André Malraux écrivait dans son Esquisse d’une psychologie du cinéma publiée en 1946 chez Gallimard, «  par ailleurs, le cinéma est une industrie ». Pour l’édition, il me semble que  ce « par ailleurs », c’est un «  d’abord, c’est une industrie », même si le soutien aux auteurs et aux manifestations littéraires, le développement d’un réseau de bibliothèques, l’aide aux librairies indépendantes et de proximité, la tutelle de la BnF, Bpi et CNL avec leurs contrats d’objectifs et performances… sont les piliers d’une politique publique  du livre. Ce sont par ces points d’entrée que le ministère de la Culture dispose de moyens d’actions prenant en compte le respect des critères du développement durable tels que ceux remarquablement identifiés par le SNE dans ses « 7 suggestions pour devenir un éditeur éco-responsable ».

Quelques exemples parmi d’autres : s’assurer que les éditeurs publics du champ culturel (la Réunion des Musées Nationaux, le Centre Pompidou, le Louvre…) respectent de bonnes pratiques dans leur processus de fabrication et de commercialisation ; signer avec les régions (telle la Nouvelle-Aquitaine) un contrat de filière accompagnant les démarches RSE favorisant les dynamiques territoriales, les circuits courts et la relocalisation ; réfléchir pour les Outre-Mer à un modèle viable d’impression en courts tirages in situ permettant de réduire l’empreinte carbone des frets et transports de livres ; enfin, et c’est un travail essentiel en cours du CNL, mettre en place des critères précis d’éco-responsabilité dans l’attribution de ses aides à la filière comme le fit avec succès en 2018 le CNV devenu Centre national de la Musique, critères que pourront adopter les DRAC dans leurs soutiens déconcentrés accordés au secteur.

Selon vous, quelle place pour le livre dans le monde durable de demain ?

Monde durable, plus apaisé, plus sobre, plus respectueux des équilibres planétaires… Un monde donc où le livre aura forcément une place essentielle ! Il est un objet manufacturé, souvent un fort bel objet qui voyage avec soi, qu’on partage et prête, qu’on commente… Œuvre de création, il est une ouverture sur autrui, une formidable matière pour l’imaginaire. Un compagnon au long cours que le volatil internet (lourd de coûts environnementaux) ne pourra pas évincer.

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