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Trois questions à… Marie-Aude Murail et Constance Robert-Murail

À l’occasion des rencontres en librairies des auteurs faisant partie de la sélection du Prix Vendredi, Marie-Aude Murail et Constance Robert-Murail, autrices de Francœur, à nous la vie d’artiste ! (éditions l’école des loisirs), ont répondu à nos questions. 

 

Quelle est la particularité de l’écriture à quatre mains, notamment pour un roman jeunesse ?

MAM : L’écriture à plusieurs, j’avais déjà expérimenté avec ma sœur Elvire et mon frère Lorris, deux écrivains de métier. On a même écrit à six mains pour la série Golem. C’était une manière pour nous de reconnecter avec notre enfance, où on se disait tous les jeudis : « à quoi qu’on joue ? ». En littérature jeunesse, écrire avec la liberté d’un enfant qui joue, c’est vital.

Constance : Lorris et Elvire étaient des auteurs chevronnés. La nouveauté pour toi, ça a été de travailler avec quelqu’un qui apprend le métier. Tu as découvert que tu savais me transmettre des techniques, que tu savais me faire retravailler des scènes, à la manière d’une éditrice. La transmission s’est finalement retrouvée au coeur du roman Francoeur, où notre héroïne, Anna Dupin, écrit des lettres à une femme plus jeune qu’elle, qui se demande si elle est faite pour « la vie d’artiste ».


MAM : On ne répond à cette question que lorsqu’on se met concrètement au travail. J’ai toujours dit qu’on n’apprend pas à faire du vélo en observant longuement le fonctionnement d’un pédalier dans un livre. On monte en selle, on s’élance, et c’est parti !


Constance : Évidemment, le risque, c’est de tomber. Dans le cas présent, tu étais là pour me courir après en tenant la selle.

 


Cela vous permet-il de confronter parfois des points de vue très différents ?

MAM : On a 40 ans d’écart. Cette différence d’âge, d’expériences, de points de vue sur le monde, on a toujours essayé d’en faire une force qui alimente nos conversations et notre curiosité, plutôt que des raisons de s’empailler. Le roman Francoeur raconte le parcours d’une fratrie de quatre artistes, quatre manières de vivre son art (il en existe des centaines). Anna, Isidore, Marceau et Olympia ont des personnalités fortes et très différentes, et ça peut parfois « clasher », mais ça ne les empêche pas de s’aimer.


Constance : C’est une façon pour nous de faire dialoguer des parties contradictoires de nous : celle qui veut réussir financièrement et celle qui refuse de se compromettre, celle qui aime rencontrer son public et celle qui préfère se planquer dans son bureau, celle qui écrit pour s’évader, celle qui écrit pour se venger, celle qui veut faire rire et celle qui veut faire pleurer.

 
Quel impact a eu la sélection du Prix Vendredi sur la vie de votre livre ?

Constance : Pour la vie de notre livre, je ne sais pas, mais dans notre vie à nous, ça nous a permis de croiser de belles personnes, notamment à la librairie L’Étincelle à Valence lors de la rencontre organisée par le Prix Vendredi ! Et puis plus largement, je pense qu’un prix spécialisé comme celui-ci participe à donner ses lettres de noblesse à la littérature ado, qui est trop souvent snobée par la critique.


MAM : La sélection de cette année présentait des livres très variés : tranche de vie, dystopie, fantasy, roman historique, roman en vers, roman social… Le but d’un prix littéraire, ce n’est pas de mettre en rivalité des artistes et des genres somme toute très différents et peu comparables. Le but, c’est qu’une lectrice, au hasard d’une recommandation, rencontre un livre qu’elle n’aurait peut-être pas attrapé d’elle-même sur une table de librairie.

 


Quel est votre livre coup de coeur en littérature ado ?

Constance : Pour moi, c’est la poésie marseillaise de La nuit bleue d’Anaïs Sautier (2026, l’école des loisirs), qui traite le déterminisme social comme une tragédie grecque, l’humour en plus.


MAM : Et pour moi, c’est Le Passage, de Mathieu Persan (2026, Hachette), un genre de roman-documentaire graphique qui raconte la dépression traversée par la fille adolescente de l’auteur. C’est un livre émouvant, éprouvant, et un formidable outil de médiation pour les familles et les établissements scolaires. La littérature ado comme je l’aime, qui trace des ponts entre les générations.

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