Syndicat national de l'édition

Économie

Livre d’occasion

Marché florissant qui fragilise l'édition, le livre d'occasion est un sujet au cœur des préoccupations du syndicat.

Selon le baromètre de la Sofia, la SGDL et le SNE, 69% des personnes achetant des livres déclarent acheter des livres d’occasion. Sur ces ouvrages achetés d’occasion, le premier segment du marché, la « littérature », est particulièrement touché par le phénomène puisque plus de la moitié des exemplaires achetés d’occasion concerne ce secteur. Le SNE avance des propositions depuis plusieurs années maintenant pour l’instauration d’un droit d’auteur sur le livre d’occasion.

 

 

La montée en puissance des achats de livres d’occasion au détriment du marché du livre neuf s’accélère au point de faire de ce phénomène un enjeu majeur de politique culturelle. Les derniers Chiffres-clés du secteur du livre publiés en mai 2026 par le ministère de la Culture évaluent à 21 % sa part en exemplaires dans les achats de livres imprimés. À titre de comparaison, cette proportion n’était de que de 13 % en 2011. Avec ce changement d’échelle, dont le moteur réside dans le développement exponentiel des plateformes de vente en ligne, le marché du livre d’occasion change également de nature. Si le livre d’occasion a longtemps coexisté harmonieusement avec le livre neuf, c’est un puissant mécanisme de cannibalisation qui est maintenant à redouter.

Ses conséquences sont d’autant plus préjudiciables à l’équilibre de notre secteur que cette forme d’exploitation des œuvres est l’une des très rares à ne donner lieu à aucune rémunération en droit d’auteur permettant de rémunérer ceux qui en sont à l’origine.

Le Syndicat national de l’édition et le Conseil permanent des écrivains dénoncent avec vigueur cette carence qui prive les acteurs de la création d’une part croissante de leurs revenus d’exploitation, pour l’essentiel au bénéfice de plateformes de revente.

À l’instar des dispositifs de gestion collective obligatoires mis en place pour compenser le développement de la photocopie, du prêt en bibliothèque ou plus récemment celui de la copie privée numérique, ils demandent l’instauration d’un droit de revente du livre d’occasion.

Selon leurs analyses, sa création, d’abord en droit français, n’enfreindrait aucun principe constitutionnel – le Conseil d’État l’a formellement confirmé – et ne contreviendrait pas à la Directive européenne de 2001.

Confrontés aux réticences des pouvoirs publics qui font valoir une possible opposition de la Cour de Justice de l’Union européenne, dont la jurisprudence n’est pourtant pas établie sur cette question, les auteurs et les éditeurs demandent que la Commission européenne soit formellement interrogée.

Au-delà du choix des instruments juridiques, le Syndicat national de l’édition en appelle à l’expression d’une ferme volonté politique d’aboutir à la reconnaissance d’un droit à rémunération des acteurs de la création avant que le phénomène du livre d’occasion ne produise des effets irréversibles sur la filière. Depuis 1981 et l’instauration du prix unique, les politiques publiques du livre ont constamment oeuvré en faveur de régulations proportionnées aux mécanismes de marché qui menaçaient les grands équilibres de sa filière du livre. La question du livre d’occasion ne peut être ignorée plus longtemps.

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