- La parole à...
Interview de Raphaëlle Ros, secrétaire générale des Petits champions de la lecture
Pouvez-vous présenter en quelques mots le principe des Petits champions de la lecture ? A qui cela s’adresse-t-il ? De quelle manière ?
Créée en 2012, notre association organise un grand jeu éponyme de lecture à voix haute destiné aux élèves de CM1 et CM2. Le jeu est gratuit pour les enseignants, les enfants et les familles. Chaque enfant choisit un extrait de livre qu’il lit à voix haute pendant 3 minutes. Le parcours progresse de l’école aux étapes départementales, régionales, jusqu’à la Grande Finale organisée à la Comédie-Française. Et ce depuis 15 ans.
En 2026, plus d’un enfant sur 10 (12.2% exactement) a participé au jeu et sur tout le territoire, dans tous les départements y compris dans les régions d’Outre-mer jusqu’en Polynésie française. Nous rayonnons également dans la francophonie. Cela représente la participation de près de 220 000 enfants.
Au sein de l’association, nous sommes ainsi une petite équipe et nous coordonnons le jeu à l’échelle nationale et internationale. Nous gérons les inscriptions, la relation avec les communautés éducative et culturelle (cette dernière accueille les quelques 450 finales départementales et régionales) et la communication avec les partenaires et les médias, car chaque finale est un évènement littéraire en soi et bénéficie d’une belle couverture médiatique locale.
Quelle est l’ambition des Petits champions de la lecture ? Quelle progression observez-vous chez les enfants participants ?
Notre ambition est de développer le plaisir de lire auprès des enfants de fin primaire et de les engager durablement dans leur parcours de lecture.
Le dispositif que je viens de décrire repose sur deux piliers : d’une part sur la désirabilité de la lecture auprès des jeunes lecteurs : c’est la raison pour laquelle le livre lu par l’enfant résulte de son choix et n’est pas du tout imposé ; et d’autre part sur la liberté pédagogique des enseignants : de septembre à janvier, chaque semaine, les enseignants organisent leurs ateliers de lecture à voix haute dans la classe comme ils l’entendent, en s’appuyant sur l’ensemble des ressources pédagogiques que nous mettons à disposition gratuitement sur notre site.
J’ajouterais même un troisième pilier : celui de la démocratisation culturelle. En effet, les finales ont lieu dans des lieux culturels : que ce soit une bibliothèque ou une médiathèque, mais nous sommes de plus en plus fréquemment reçus dans des théâtres, musées ou monuments patrimoniaux. Du château de Versailles ou de celui de Fontainebleau à la Maison de la Culture – Le Corbusier à Firminy, de nombreuses institutions culturelles ouvrent leurs portes à la littérature jeunesse et font de la lecture à voix haute une expérience de partage multiculturelle à part entière.
Et les progrès des enfants sont spectaculaires. Ce n’est pas seulement notre conviction : ce sont les enseignants qui en témoignent. Comme toute association soucieuse de mesurer l’efficacité de son action, nous conduisons chaque année une mesure d’impact. Les résultats sont éloquents : 91 % des enseignants constatent une progression des compétences en lecture de leurs élèves. Ils observent également une hausse de 43 points de leur confiance en eux après leur participation au jeu et, résultat dont nous sommes particulièrement fières, un gain de 41 points de l’intérêt pour la lecture. Le jeu ne développe donc pas seulement des compétences : il redonne aux enfants l’envie de lire.
Comment les Petits champions de la lecture se projettent-ils dans l’avenir ?
Nous avons toujours de nouveaux projets en développement, une nouvelle finale régionale en présentiel en Corse pour saluer le formidable engagement des écoles corses à notre jeu, la création d’un Club pour fédérer l’ensemble de nos partenaires culturels organisateurs de finales autour d’une même ambition, des ateliers intergénérationnels rassemblant les résidents dans des maisons sénioriales et des classes entières pour des moments privilégiés de lecture à haute voix ou enfin la Playlist littéraire des Petits champions qui met à l’honneur chaque année 15 titres de la littérature jeunesse contemporaine, ceux-là mêmes qui seront lus par les champions régionaux à la Comédie-Française lors de la grande Finale.
En résumé nous développons en permanence de nouveaux projets pour faire de la lecture un vecteur de lien social et redonner aux enfants le désir de lire tout en mobilisant leur entourage, familles et enseignants.
Comment financez-vous votre développement et assurez-vous la pérennité du Jeu ?
L’association bénéficie du soutien financier d’acteurs publics : le Centre national du Livre et le ministère de l’Education nationale, et d’acteurs privés, parmi lesquels les organismes de gestion collective comme la SOFIA et le CFC, de grandes fondations : la fondation Crédit Mutuel pour la Lecture et la fondation Cultura et de quelques mécènes privés, généralement issus du monde de l’édition. Ces soutiens sont historiques et fidèles, ce qui est aujourd’hui une véritable gageure dans le monde associatif. Et ils sont indissociables de la continuité de notre action.
Nous peinons toutefois à susciter l’intérêt d’autres grands mécènes et fondations engagés dans les domaines de l’éducation et de la culture. Certainement car les besoins du secteur associatif sont considérables, cependant la lecture ne semble pas encore constituer une priorité pour ces institutions. Pourtant, les études les plus récentes le montrent : la lecture est devenue un enjeu critique pour notre société. Il nous appartient donc de porter davantage ce message auprès de ces acteurs et de les convaincre de nous accompagner dans la durée, à travers des engagements pluriannuels. C’est essentiel pour nous permettre de consacrer notre énergie au développement de nos actions au bénéfice des enfants, plutôt qu’à la recherche permanente de financements.
En septembre dernier, nous avons également ouvert un nouveau canal de financement en faisant appel à la générosité du grand public. Cette démarche doit nous permettre de diversifier nos ressources tout en sensibilisant le grand public à notre action et en mobilisant sa générosité au service de la lecture et des enfants.









