Syndicat national de l'édition

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Portrait métier : Iconographe

À l’occasion de la publication de sa nouvelle cartographie des métiers de l’édition, le Syndicat national de l’édition a invité Claire Gaillard, responsable iconographique aux Éditions Gallimard, à témoigner sur son métier. 

Pouvez-vous présenter et nous expliquer en quelques mots votre métier ?

Je suis responsable iconographe aux éditions Gallimard. Je m’occupe à la fois des ouvrages de littérature et de sciences humaines (en grand format comme en poche), ainsi que des Éditons du Mercure de France et de Christian Bourgois éditeur.

Le service iconographie fait partie de la direction artistique de la maison. Il se compose d’une directrice artistique, d’une dizaine de graphistes et enfin de deux iconographes, que je dirige au quotidien.

En tant que responsable iconographe, j’ai également un statut de coordinatrice : je suis les programmes des nouveautés, les plannings de l’équipe, les plans de réimpressions…

 

Quel a été votre parcours pour arriver à ce poste ?

Je suis arrivée chez Gallimard à 24 ans. Avant ça, j’ai suivi des études d’histoire, d’histoire de l’art et de documentation. À l’origine, je souhaitais travailler dans un musée, en documentation ou à la régie des œuvres.

J’ai commencé à travailler chez Gallimard en CDI à mi-temps, tout en étant employée en parallèle à la régie des sculptures du Musée du Louvre. J’ai ensuite occupé pendant près de dix ans deux postes à mi-temps chez Gallimard : l’un à la direction artistique en tant qu’iconographe, l’autre au service des partenariats en tant qu’assistante iconographe.

En 2015, lorsque la responsable du service iconographie est partie, j’ai repris son poste que j’occupe toujours aujourd’hui.

 

Quelles sont vos missions au quotidien ?

Le rôle d’un iconographe est de chercher et de fournir des images qui répondent à un brief ou à une demande précise. Ces images doivent être exploitables pour l’impression, donc de bonne qualité, tout en respectant un budget.

Il faut également s’assurer que nous avons le droit d’utiliser ces images. Une part importante du métier consiste à gérer les droits d’utilisation, mais également leur renouvellement, notamment dans le cas des réimpressions.

En d’autres termes, un iconographe, c’est un chercheur. Il faut aimer chercher et aimer le challenge. Il y a une vraie satisfaction à retrouver ce photographe au fin fond d’une ville de Bretagne, que personne n’arrivait à contacter, ou à retrouver ses ayants-droits.

 

Avec quels interlocuteurs travaillez-vous pour obtenir les images nécessaires à un projet ?

Pour les couvertures, nous travaillons beaucoup avec des agences photographiques reconnues, comme Getty, Magnum, Bridgeman, la RMN ou encore l’AFP. Ces agences disposent toutes des sites internet permettant d’effectuer des recherches par mots-clés et donnant accès à des images de qualité. Une fois l’image choisie, il faut régler les droits auprès de l’agence et, selon les cas, auprès des détenteurs de l’œuvre ou de l’artiste.

Nous collaborons également avec des musées, des bibliothèques, notamment la BNF, et, de plus en plus, avec des artistes que nous repérons sur Instagram. Nous nous assurons qu’ils souhaitent travailler avec nous et qu’ils sont en mesure de nous fournir des fichiers de qualité.

Pour certains ouvrages, notamment en sciences humaines ou en histoire de l’art, qui demandent des recherches beaucoup plus spécifiques, il nous arrive de faire appel à des iconographes freelance qui peuvent effectuer des recherches dans des bibliothèques, des fonds d’archive ou encore des collections privées.

Nous travaillons également avec des freelances sur la collection Folio, qui publie une dizaine de nouveautés par mois.

À une époque, les iconographes se rendaient directement dans les agences photographiques, mais avec le numérique et les réseaux sociaux, la majorité des recherches s’effectue désormais en ligne. Nous avons accès à des interlocuteurs dans le monde entier, même si certaines images restent difficiles à trouver.

 

Au sein de votre maison d’édition, avec quels métiers ou quels services travaillez-vous le plus souvent ?

Travaillant au sein du service Artistique, mes collègues immédiats – en plus de mes deux collègues iconographes – sont les graphistes : nous sommes une vraie équipe, nos échanges sont essentiels, nos métiers sont complémentaires.

Je suis également en contact très régulièrement avec les éditeurs, pour la présentation de leurs programme, les briefs iconographiques et la présentation des maquettes avec les graphistes.

Au quotidien, nous échangeons plusieurs fois par jour avec le service fabrication, aussi bien pour les livres de poche que pour les grands formats.

Dans le cadre de la gestion des droits et des négociations, nous transmettons les factures reçues au service comptabilité, qui se charge des paiements.

Nous travaillons également avec le marketing pour la conception de supports de communication, comme les PLV ou les affiches, ainsi qu’avec le service des relations presse, qui a parfois besoin d’images utilisables par les journalistes.

Enfin, toutes les couvertures doivent être validées par la direction, notamment par notre président, Antoine Gallimard.

 

Comment votre métier a-t-il évolué au cours de ces dernières années ?

Lorsque je suis arrivée chez Gallimard, il y a une vingtaine d’années, le métier était déjà en pleine évolution avec la généralisation du numérique et des banques d’images. Les recherches se faisaient de plus en plus en ligne, rendant les images beaucoup plus accessibles.

Cette accessibilité a cependant un effet pervers : les éditeurs et les auteurs nous montrent souvent des images trouvées sur Google Images, en pensant qu’elles sont facilement réutilisables. Or, elles ne sont pas toujours exploitables, que ce soit pour une question de qualité ou de droits. Il faut toujours se rappeler que derrière chaque image, même gratuite, il y a un créateur.

Cette dématérialisation fait aussi qu’on perd parfois le rapport à l’œuvre : sur un écran, toutes les images semblent avoir la même taille et la même qualité et on oublie parfois qu’il s’agit de véritables œuvres réalisées par de vrais artistes.

 

Quel impact l’essor des images générées par intelligence artificielle a-t-il sur votre métier ?

L’essor de l’intelligence artificielle dans nos métiers a suscité beaucoup de discussions ces dernière années. Il y a un an, cette question revenait quotidiennement et nous avions un peu l’impression d’entrer dans un Far West où personne ne savait réellement quelles règles appliquer. Depuis, les choses sont apaisées, notamment après l’adoption d’une charte IA par Gallimard. Elle reconnaît que l’intelligence artificielle est une avancée technologique à laquelle il ne faut pas se fermer, mais affirme aussi que l’humain primera toujours sur la machine.  

Au sein de la direction artistique, nous n’utilisons pas d’images générées par des outils d’IA, comme Midjourney. Nous considérons que ce n’est pas notre métier et qu’il existe déjà beaucoup de moyens d’obtenir des images de qualité. En revanche, certains illustrateurs, avec lesquels nous sommes amenés à collaborer, intègrent désormais l’IA comme un outil parmi d’autres.

La question s’est également posée pour les illustrateurs se revendiquant comme « artistes IA ». Dans ce cas, nous estimons qu’il est important d’en informer l’éditeur et l’auteur, et de le mentionner dans les crédits par souci de transparence.

Nous avons aussi échangé avec les agences photographiques avec lesquelles nous travaillons afin de savoir si elles commercialisaient des images générées par IA et, le cas échant, si celles-ci étaient clairement signalées.

À ce jour, aucune des agences avec lesquelles nous collaborons quotidiennement ne commercialise ce type d’images, hormis celles qui propose du micro stock – auquel cas l’information est clairement renseignée.

Au-delà de ces aspects, je pense qu’une couverture ne consiste pas à fabriquer exactement l’image qu’on a en tête. L’intérêt de notre métier est justement d’essayer de trouver une image qui fait écho au contenu du livre tout en se laissant porter par l’imaginaire.

Cette évolution rappelle aussi que, à mesure que les technologies progressent, il va devenir essentiel de pouvoir garantir l’origine et la qualité des images. C’est pourquoi je trouve important de continuer à travailler avec de vrais professionnels qui apporte leur savoir-faire et leur expertise.

 

Quelles sont les qualités et les compétences indispensables pour exercer ce métier ?

Avant tout, il faut être curieux et aimer apprendre en permanence. Nous travaillons sur des sujets très variés : histoire de l’art, photographie, juridique. Il faut avoir envie de découvrir de nouvelles choses et rester ouvert.

Il faut également aimer le contact humain, notamment pour la partie négociation du métier. Il faut apprendre à ne pas hésiter à solliciter les personnes avec qui l’on souhaite échanger.

Enfin, la rigueur est essentielle. Nous gérons les droits des images, leur budget, mais aussi des fichiers qui doivent être de bonne qualité, classés et légendés. Une couverture de livre n’est pas anodine, et c’est encore plus vrai pour les livres illustrés.

 

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

J’aime particulièrement le fait de chercher et d’apprendre en permanence. Même si l’on manque parfois de temps pour approfondir les recherches autant qu’on le souhaiterait, chaque projet éditorial est l’occasion de découvrir quelque chose de nouveau. Au quotidien, les journées ne se ressemblent jamais, tant chaque livre est différent. C’est très stimulant !

J’apprécie aussi le fait d’être en contact avec des personnes très différentes et de travailler dans une équipe avec une aussi belle énergie. Cette bonne ambiance compte énormément au quotidien.

 

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui souhaite découvrir les métiers de l’édition ?

Certes, il y a beaucoup de candidats et peu d’offres, mais ce sont de beaux métiers, qui font vivre la culture et la transmettent au lecteur.

Le métier d’iconographe reste assez « niche », mais il y a de la demande, notamment du côté des freelance. Je conseillerais d’être curieux, d’aller voir des expositions, et de suivre ce qui passe autour de soi.

 Il ne faut pas hésiter non plus à contacter des professionnels pour découvrir le métier et faire ses armes en stage ou en CDD. L’expérience en maison d’édition permet de comprendre les contraintes du travail éditorial et l’importance du support papier.

C’est un métier extrêmement riche, qui demande d’avoir plusieurs cordes à son arc et dans lequel on ne cesse jamais d’apprendre.

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