Syndicat national de l'édition

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Portrait métier : Responsable juridique

À l’occasion de la publication de sa nouvelle cartographie des métiers de l’édition, le Syndicat national de l’édition a invité Lucie Bergeras, responsable juridique dans le groupe Editis, à témoigner sur son métier. 

  1. Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer en quelques mots votre métier ?

Je suis actuellement responsable juridique au sein du pôle édition grand public du groupe Editis, depuis 2022. J’ai commencé ma carrière en tant que juriste d’entreprise en 2010.

J’ai rejoint la direction juridique du groupe Editis une première fois lors de mon stage de fin d’études en 2010. J’ai eu la chance de poursuivre l’aventure en CDD puis en CDI avant de rejoindre, quelques années plus tard, la Réunion des musées nationaux – Grand Palais. En 2022, j’ai retrouvé la direction juridique d’Editis en tant que responsable juridique.

Mon métier consiste à accompagner les équipes opérationnelles sur tous les sujets juridiques liés à leurs activités. Je vois notre rôle comme celui d’un pont entre les enjeux opérationnels et les contraintes juridiques. Nous accompagnons les équipes dans la réalisation de leurs projets tout en veillant à la maîtrise des risques.

 

  1. Quel a été votre parcours pour arriver à ce poste ? Existe-t-il des formations particulièrement adaptées pour exercer ce métier ?

Après une licence en droit privé, j’ai découvert le droit de la propriété intellectuelle lors de mon année d’Erasmus. J’ai développé un véritable intérêt pour cette matière qui a orienté la suite de mon parcours.

À mon retour en France, j’ai choisi de poursuivre avec un Master 1 en droit des affaires, complété par une spécialisation en propriété intellectuelle, puis un Master 2 en droit des créations artistiques à l’Université Montesquieu Bordeaux IV.

J’ai ensuite eu l’opportunité d’effectuer un stage dans le secteur de l’édition, qui s’est transformé en CDD puis en CDI. Ce premier contact avec le monde du livre a été déterminant pour la suite de ma carrière.

Aujourd’hui, il existe de nombreuses formations universitaires spécialisées en propriété intellectuelle, droit d’auteur ou droit du numérique. Elles constituent d’excellentes portes d’entrée vers ce type de métier.

 

  1. Quelles sont vos missions au quotidien ?

Les missions sont très variées, ce qui fait toute la richesse du métier :

  • accompagnement des éditeurs dans la publication des ouvrages, notamment pour la rédaction et la négociation des contrats d’édition.
  • analyse des risques juridiques associés aux ouvrages (relecture préventive des manuscrits), a leurs titres et aux couvertures, ainsi que l’étude concurrentielle de certaines tendances du marché.
  • du conseil relatif à l’exploitation des ouvrages, que ce soit en veillant au respect de la réglementation applicable au secteur du livre, comme la loi Lang, ou en accompagnant les équipes dans leurs opérations commerciales ou leurs projets de cession de droits.
  • accompagnement des projets de diversification, notamment dans les domaines du livre audio, du numérique et plus récemment de l’intelligence artificielle.
  • suivi des précontentieux et contentieux.

Pour ma part, je participe également à la gestion d’un portefeuille de près de 300 marques des différentes sociétés du Groupe ainsi qu’à l’animation d’interventions juridiques internes.

 

  1. Avec quels métiers ou quels services travaillez-vous le plus souvent ?

Nous sommes amenés à travailler avec l’ensemble des services relevant de notre périmètre.

Au quotidien, nos principaux interlocuteurs sont les équipes éditoriales, qu’il s’agisse des éditeurs, des assistants éditoriaux ou coordinateurs éditoriaux. Nous collaborons également très régulièrement avec les équipes marketing, commerciales, ainsi qu’avec les services en charge de la gestion des auteurs.

La dimension transversale fait vraiment partie intégrante de notre métier.

 

  1. Quelles sont les qualités et les compétences indispensables pour exercer ce métier ?

Bien sûr, il est indispensable de disposer de solides compétences juridiques, mais cela ne suffit pas.

La pédagogie est essentielle, car il faut savoir rendre le droit accessible à des interlocuteurs qui ne sont pas juristes. L’écoute est également très importante pour comprendre les besoins des équipes et les accompagner au mieux.

Il faut aussi être pragmatique et avoir envie de trouver des solutions. Le rôle du juriste n’est pas seulement d’identifier les risques, mais aussi et surtout d’accompagner les équipes à faire aboutir leurs projets dans un cadre sécurisé.

 

  1. Comment votre métier a-t-il évolué au cours de ces dernières années ?

Le métier est devenu beaucoup plus transversal.

Aujourd’hui, les juristes sont plus impliqués en amont des projets et travaillent avec de nombreuses équipes différentes. Les organisations sont moins cloisonnées qu’auparavant, ce qui favorise des échanges plus fluides et une meilleure compréhension des enjeux de chacun. Dans ce contexte, nos analyses et recommandations doivent tenir compte des impacts qu’elles peuvent avoir sur les problématiques des autres directions (fiscales, financières, commerciales etc.), ce qui nous conduit à élargir notre connaissance de l’entreprise et à développer nos compétences.

Cette dimension transversale nous amène à enrichir constamment notre compréhension de l’entreprise et à élargir notre champ de compétences.

Par ailleurs, les modes d’exploitation des œuvres ont considérablement évolué. Après l’essor du livre numérique puis du livre audio, nous accompagnons désormais des projets toujours plus innovants.

Enfin, l’arrivée de l’intelligence artificielle constitue sans doute l’une des évolutions les plus importantes de ces dernières années. Elle soulève de nombreuses questions juridiques et ouvre de nouveaux champs de réflexion pour notre métier.

  1. Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Ce que j’apprécie le plus, c’est l’absence de routine. Chaque journée est différente et apporte son lot de nouvelles problématiques et de nouveaux projets.

J’aime également beaucoup la dimension humaine du métier. Le travail au sein de l’équipe juridique est très enrichissant et les échanges quotidiens avec les autres services le sont tout autant. Cela permet d’avoir une vision assez complète de l’entreprise et de sentir que l’on participe concrètement à ses projets que nous accompagnons jusqu’à leurs finalisations.

 

  1. Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui souhaite découvrir les métiers de l’édition ?

Je lui dirais avant tout d’être curieux.

L’édition est un secteur qui offre une grande diversité de métiers. On pense souvent spontanément aux fonctions éditoriales, mais il existe de nombreuses autres voies d’accès : le juridique, le marketing, la fabrication, le commercial, le financier, le numérique, la gestion des droits etc.

Pour ceux qui s’intéressent au droit, la propriété intellectuelle est une spécialisation particulièrement stimulante sur des sujets très actuels, au croisement de la création, de la culture et de l’innovation.

 

  1. Quels sont les impératifs d’un contrat d’édition ?

Le contrat d’édition est un contrat très encadré par le Code de la propriété intellectuelle, dont l’objectif est d’instaurer un équilibre entre les intérêts de l’auteur et ceux de l’éditeur.

Il doit notamment définir précisément les droits que l’auteur cède à l’éditeur, les modalités d’exploitation de l’œuvre, les conditions de rémunération de l’auteur ainsi que les obligations respectives des parties.

Le rôle du juriste est donc de sécuriser ce cadre juridique tout en tenant compte des enjeux économiques et éditoriaux propres à chaque projet.

 

  1. Comment luttez-vous contre le piratage au sein de votre maison d’édition ?

La lutte contre le piratage est devenue un enjeu majeur avec le développement du livre numérique et du livre audio.

Chez Editis, nous menons cette action conjointement entre les équipes juridiques et les équipes eCommerce et numériques. Notre approche repose à la fois sur la prévention, la détection et l’action.

Tout d’abord, nous menons un important travail de sensibilisation en interne afin que les collaborateurs comprennent les enjeux du piratage, ses différentes formes et les moyens de protection existants, comme les DRM ou le tatouage numérique des fichiers.

Nous nous appuyons également sur un prestataire spécialisé qui utilise des outils de surveillance automatisés pour détecter les contenus mis illégalement à disposition sur Internet. Lorsqu’un contenu piraté est identifié, des demandes de retrait sont adressées aux sites concernés, puis, si nécessaire, à leurs hébergeurs. Des démarches sont également menées auprès des moteurs de recherche afin de limiter la visibilité de ces contenus.

Lorsque ces mesures ne suffisent pas, nous pouvons engager des actions plus directes, notamment par l’envoi de mises en demeure. Enfin, nous participons régulièrement à des actions collectives coordonnées par le Syndicat national de l’édition afin de lutter contre les principaux acteurs de la piraterie numérique.

 

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